Académie de Rouen - Lettres

Philosophe, philosophie, philosophique : le beau nom de "philosophe" ("ami de la sagesse") est apparu en Grèce, au Ve siècle avant J.-C. Il désigne alors ceux qui, tel Socrate, puis Platon, Aristote et bien d'autres, se tournent vers une étude rationnelle de l'homme et de sa place dans le monde, dégagée à la fois de l'ancienne pensée religieuse mythique et de toute préoccupation d'utilité immédiate. Les philosophies antiques proposent volontiers un art de vivre, une "sagesse". Elles se constituent peu à peu en "systèmes", c'est-à-dire en explications globales du monde. Elles développent alors une méthode de raisonnement (une "logique"), une théorie de l'être et des principes premiers (une "métaphysique"), une étude rationnelle du monde (une "physique") et des règles de comportement (une "morale").
Les philosophes des époques ou médiévale, comme le théologien Thomas d'Aquin, ou moderne (au XVIIe siècle, Descartes, Malebranche, Leibnitz ou Spinoza) gardent cette ambition totalisante. Toutefois, des évolutions se produisent. À la Renaissance, le courant de l'humanisme, qui place l'homme au centre du monde, entraîne une relative désaffection de certains philosophes pour la métaphysique (Montaigne). Surtout, se développe à partir du XVIIe siècle la science moderne, fondée sur l'utilisation des mathématiques dans la physique et sur des capacités d'observation accrues, grâce à la lunette astronomique de Galilée puis au microscope. Elle permet une connaissance du monde autonome : ainsi Newton, en expliquant la mécanique céleste par une formule mathématique simple, marque la naissance d'une nouvelle physique, débarrassée de toute influence religieuse ou métaphysique. Les conséquences de ce bouleversement se perçoivent à l'intérieur des nouveaux systèmes philosophiques (Descartes et l'esprit "cartésien") mais aussi en-dehors : au XVIIIe siècle, à l'époque des Lumières, le terme "philosophe" va s'enrichir d'une nouvelle signification.
En effet, la confiance dans les pouvoirs de la raison éclairée, les développements rapides des sciences font apparaître une conception dynamique de la philosophie : non seulement le philosophe comprend le monde et l'explique, mais il doit aussi le faire progresser, faire bénéficier l'ensemble de la société des acquis de la réflexion intellectuelle. C'est au nom du progrès de la connaissance qu'est rédigée l'Encyclopédie dirigée par Diderot, c'est au nom d'un progrès social et moral que Voltaire s'engage dans des combats contre l'arbitraire et l'intolérance (affaires Calas, du chevalier de La Barre).
Les Lettres philosophiques que Voltaire publie en 1734 après un séjour en Angleterre illustrent ces nouvelles orientations : si cet auteur y aborde bien des sujets philosophiques traditionnels (la religion), il en transforme l'approche : la place des religions dans la société, la notion de tolérance lui importent plus que la nature de Dieu. Mais le "philosophe" Voltaire s'intéresse aussi, dans cet ouvrage, à la forme du gouvernement, au commerce, aux sciences (Newton), au théâtre. Cette nouvelle image du philosophe se construit de façon polémique, par la caricature du métaphysicien traditionnel, représenté comme un personnage ridicule, échafaudant des réponses absurdes pour des questions insolubles, avec un vocabulaire incompréhensible. C'est ainsi qu'est montré le philosophe Pangloss dans Candide.
Dans Micromégas, on retrouve cette opposition. D'une part, Voltaire y valorise la science et l'ingéniosité dont font preuve dans ce domaine tous les personnages, même les humains ; d'autre part, il caricature dans le chapitre 7 les systèmes philosophiques traditionnels, qui pour lui sont obscurs et inutiles, en leur opposant le "bon sens". Il les examine par ordre chronologique (Aristote, Descartes, Malebranche, Leibnitz, Locke), dessinant ainsi la ligne d'un progrès philosophique, puisque Locke, le plus récent, est présenté aussi comme le plus raisonnable. De plus, la juxtaposition de théories incompatibles, réduites chacune à quelques affirmations pittoresques et déformées, contribue à la dévaluation satirique de toute pensée métaphysique. En terminant son énumération par le docteur en théologie, disciple de Saint Thomas, Voltaire dénonce le poids que conserve, au XVIIIe siècle, la théologie médiévale, dépassée philosophiquement, mais soutenue par les autorités politiques et religieuses. [2.2, 2.3(3), 3.1(2), 3.3, 4.3, 5.3, 6.1, 6.3, 6.4, 6.6, 7.1, 7.2, 7.4, 7.5, 7.7, 7.9(2)]

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Termes connexes :

Aristote, métaphysique, Descartes, Malebranche, Leibnitz, Newton sens (bon sens), sage.

Voir aussi :

Candide, 1 et 30.

Fiche complémentaire à l'étude de Micromégas