Académie de Rouen - Lettres

le mal : au chapitre VII, Voltaire suspend toute discussion sur l'origine du mal, car ce serait une dispute métaphysique alors que tout Micromégas tend à éliminer ce type de réflexion pour privilégier l'expérimentation scientifique fondée sur l'observation - à condition que nos organes soient en bon état pour éviter toute erreur : si l'on voit mal comme Derham (comme le laisse supposer la remarque comme en passant de I, 5), si l'on sent mal comme le Saturnien (IV 2), "aux meilleurs esprits que d'erreurs promises", pour citer le Sylphe de Valéry. Il est seulement déploré, par un philosophe plus franc que les autres, le triste état de l'humanité, à de rares exceptions près - jugées d'ailleurs par le reste comme méprisables.

En fait, le mal (avec un petit m), c'est l'alliance du trône et de l'autel (plus vulgairement, du sabre et du goupillon), à l'origine de guerres cruelles... car si le mal semble protéiforme (= multiple) pour Voltaire, s'il s'incarne d'abord dans la religion catholique et ses excès, voire dans les autres religions révélées (judaïsme et Islam), le système politique y participe amplement avec ses rois tyranniques et leurs guerres, attaquées de front ici, compte non tenu du système social et de ses dysfonctionnements où la misère la plus noire côtoie les abus les plus criants et l'indifférence totale, Candide étant sur ce point très clair. C'est tout ceci que dénonce Voltaire dans ses contes et, parfois, ses pamphlets, ce qu'il combat avec sa signature  :Ecralinf, pour: "écrasons l'infâme". Ce n'est pas tout : le mal est malheureusement aussi présent dans la nature, comme le prouve le tremblement de terre de Lisbonne (30.000 morts à l'époque), dénoncé d'abord par un poème de Voltaire et évoqué ensuite dans Candide, au chapitre V. Cependant, pour qui lit le texte en détail, certes, le malheur est là, et Voltaire le présente sans fard, dans toute son horreur tangible, brutalement, mais il est accentué par la canaillerie des hommes (cf. le triste destin de l'anabaptiste Jacques) et atténué par la solidarité humaine, qui n'est pas celle - il est bon de le rappeler - du catholique Pangloss, c'est en fait celle de tout être humain qui n'est pas un animal, celle du Bon Samaritain, même si le résultat n'est pas réconfortant : «le repas était triste».

 

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Termes connexes :

   Dieu

Fiche complémentaire à l'étude de Micromégas