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RUY BLAS
Donne-moi ta main que je la serre, Comme en cet heureux temps de joie et de misère Où je vivais sans gîte, où le jour j'avais faim, Où j'avais froid la nuit, où j'étais libre enfin ! Quand tu me connaissais, j'étais un homme encore. Tous deux nés dans le peuple, hélas ! c'était l'aurore ! Nous nous ressemblions au point qu'on nous prenait Pour frères ; nous chantions dès l'heure où l'aube naît, Et le soir devant Dieu, notre père et notre hôte, Sous le ciel étoilé nous dormions côte à côte. Oui, nous partagions tout. Puis enfin arriva L'heure triste où chacun de son côté s'en va. Je te retrouve, après quatre ans, toujours le même, Joyeux comme un enfant, libre comme un bohème, Toujours ce Zafari, riche en sa pauvreté, Qui n'a rien eu jamais ! et n'a rien souhaité! Victor Hugo. - Ruy Blas - Acte I, sc. 3 - 1838 |