Appel aux écrivains et aux journalistes

Quel rôle doit jouer un écrivain dans la lutte pour l'abolition ?

*LE GROS MONSIEUR
La peine de mort ! à quoi bon s'occuper de cela ? Qu'est-ce que cela vous fait, la peine de mort ? Il faut que cet auteur soit bien mal né de venir nous donner le cauchemar à ce sujet avec son livre !
MADAME DE BLINVAL
Ah ! oui, un bien mauvais coeur !
LE GROS MONSIEUR
Il nous force à regarder dans les prisons, dans les bagnes, dans Bicêtre. C'est fort désagréable. On sait bien que ce sont des cloaques. Mais qu'importe à la société ?
Une Comédie à propos d'une tragédie - 1829

*LE MONSIEUR MAIGRE
Le moyen qu'un juré condamne après l'avoir lu !
ERGASTE
Cela trouble les consciences.
MADAME DE BLINVAL
Ah ! les livres ! les livres ! Qui eût dit cela d'un roman ?
LE POËTE
Il est certain que les livres sont bien souvent un poison subversif de l'ordre social.
Une Comédie à propos d'une tragédie - 1829

*L'auteur aujourd'hui peut démasquer l'idée politique, l'idée sociale, qu'il avait voulu populariser sous cette innocente et candide forme littéraire. Il déclare donc, ou plutôt il avoue hautement que Le Dernier Jour d'un Condamné n'est autre chose qu'un plaidoyer, direct ou indirect, comme on voudra, pour l'abolition de la peine de mort.
Le dernier jour d'un condamné- Préface 1832

*Il le déclare donc, et il le répète, au nom de tous les accusés possibles, innocents ou coupables, devant toutes les cours, tous les prétoires, tous les jurys, toutes les justices. Ce livre est adressé à quiconque juge. Et pour que le plaidoyer soit aussi vaste que la cause, il a dû, et c'est pour cela que Le Dernier Jour d'un Condamné est ainsi fait, élaguer de toutes parts dans son sujet le contingent, l'accident, le particulier, le spécial, le relatif, le modifiable, l'épisode, l'anecdote, l'événement, le nom propre, et se borner (si c'est là se borner) à plaider la cause d'un condamné quelconque, exécuté un jour quelconque, pour un crime quelconque.
Le dernier jour d'un condamné- Préface 1832

*Dès aujourd’hui, l’Union américaine peut, quoi qu’en dise le honteux message du président Buchanan, être considérée comme rompue. Je le regrette profondément, mais cela est désormais fatal; entre le Sud et le Nord, il y a le gibet de Brown. La solidarité n’est pas possible. Un tel crime ne se porte pas à deux.
    Ce crime, continuez de le flétrir, et continuez de consolider votre généreuse révolution. Poursuivez votre oeuvre, vous et vos dignes concitoyens. Haïti est maintenant une lumière. Il est beau que parmi les flambeaux du progrès, éclairant la route des hommes, on en voie un tenu par la main d’un nègre.
[Lettre à M. Heurtelou, rédacteur en chef du Progrès à Haïti]
Les noirs et John Brown - 1860

*Quand il s’agit de sauver des têtes, je trouve bon qu’on use de mon nom, et même qu’on en abuse.
    J’ajoute que, pour une telle cause, il me paraît presque impossible d’en abuser. C’est ici, à coup sûr, que la fin justifie les moyens.
Condamnés de Charleroi, 1862

*Depuis trente-cinq ans, je le répète, j’essaye de faire obstacle au meurtre en place publique. J’ai dénoncé sans relâche cette voie de fait de la loi d’en bas sur la loi d’en haut. J’ai poussé à la révolte la conscience universelle ; j’ai attaqué cette exaction par la logique, et par la pitié, cette logique suprême ; j’ai combattu, dans l’ensemble et dans le détail, la pénalité démesurée et aveugle qui tue ; tantôt traitant la thèse générale, tâchant d’atteindre et de blesser le fait dans son principe même, et m’efforçant de renverser, une fois pour toutes, non un échafaud, mais l’échafaud ; tantôt me bornant à un cas particulier, et ayant pour but de sauver tout simplement la vie d’un homme. J’ai quelquefois réussi, plus souvent échoué.
Genève et la peine de mort - 1862

*Mon nom appartient à quiconque veut s'en servir pour le progrès et pour la vérité.
Médaille de John Brown, 1867

*Les devoirs de l’écrivain n’ont jamais été plus grands qu’à cette heure.
[…] Aux questions permanentes s’ajoutent les questions momentanées ; les premières sont pressantes, les secondes sont urgentes. La dissolution de l’Assemblée ; l’enquête sur les faits de mars, et, aussi sur les faits de mai et de juin ; l’amnistie. Quel labeur pour l’écrivain, et quelle responsabilité ! À côté des questions qui menacent, les questions qui supplient. Les cachots, les pontons, les mains jointes des femmes et des enfants. Ici la mère, ici les fils et les filles, là-bas le père ! Les familles coupées en deux, un tronçon dans le grenier, un tronçon dans la casemate. Ô mes amis, l'amnistie ! l’amnistie ! Voici l’hiver. L’amnistie !
Le rappel - Pour l'amnistie - 1871