La diversité des tons et des registres (II)

Ironie ou humour noir ? Quels passages rangeriez-vous dans ces registres ?

Quels aspects de la peine de mort mettent-ils en valeur ?
 

 * – L'arrêt sera exécuté aujourd'hui en place de Grève, a-t-il ajouté quand il a eu terminé, sans lever les yeux de dessus son papier timbré. Nous partons à sept heures et demie précises pour la Conciergerie. Mon cher monsieur aurez-vous l'extrême bonté de me suivre ?
Le Dernier jour d'un condamné - 1829

 *Pendant que je montais, il y avait une vieille aux yeux gris qui disait : – J'aime encore mieux cela que la chaîne.
      Je conçois. C'est un spectacle qu'on embrasse plus aisément d'un coup d'oeil, c'est plus tôt vu. C'est tout aussi beau et plus commode. Rien ne vous distrait. Il n'y a qu'un homme, et sur cet homme seul autant de misère que sur tous les forçats à la fois. Seulement cela est moins éparpillé ; c'est une liqueur concentrée, bien plus savoureuse.
Le Dernier jour d'un condamné - 1829

*En ce moment sa tabatière, qu'il me tendait, a rencontré le grillage qui nous séparait. Un cahot a fait qu'elle l'a heurté assez violemment et est tombée tout ouverte sous les pieds du gendarme.
      – Maudit grillage ! s'est écrié l'huissier.
      Il s'est tourné vers moi.
      – Eh bien ! ne suis-je pas malheureux ? tout mon tabac est perdu !
      – Je perds plus que vous, ai-je répondu en souriant.
      Il a essayé de ramasser son tabac, en grommelant entre ses dents :
      – Plus que moi ! cela est facile à dire. Pas de tabac jusqu'à Paris ! c'est terrible !
      L'aumônier alors lui a adressé quelques paroles de consolation,
Le Dernier jour d'un condamné - 1829

*Ma chemise de batiste, seul lambeau qui me restât du moi d'autrefois, l'a fait en quelque sorte hésiter un moment ; puis il s'est mis à en couper le col.
      À cette précaution horrible, au saisissement de l'acier qui touchait mon cou, mes coudes ont tressailli, et j'ai laissé échapper un rugissement étouffé.
      La main de l'exécuteur a tremblé.
      – Monsieur m'a-t-il dit, pardon ! Est-ce que je vous ai fait mal ?
      Ces bourreaux sont des hommes très doux.
Le Dernier jour d'un condamné  - 1829

* – Chapeaux bas ! chapeaux bas ! criaient mille bouches ensemble. Comme pour le roi.
      Alors j'ai ri horriblement aussi, moi, et j'ai dit au prêtre :
      – Eux les chapeaux, moi la tête.
Le dernier jour d'un condamné- 1829

*En entrant sur le Pont-au-Change, j'ai par hasard jeté les yeux à ma droite en arrière. Mon regard s'est arrêté sur l'autre quai, au-dessus des maisons, à une tour noire, isolée, hérissée de sculptures, au sommet de laquelle je voyais deux monstres de pierre assis de profil. Je ne sais pourquoi j'ai demandé au prêtre ce que c'était que cette tour.
      – Saint-Jacques-la-Boucherie, a répondu le bourreau.
Le dernier jour d'un condamné- 1829

*LE CHEVALIER
Ah bien oui, procureur du roi ! et la charte ! et la liberté de la presse ! Cependant, un poëte qui veut supprimer la peine de mort, vous conviendrez que c'est odieux. Ah ! ah ! dans l'ancien régime, quelqu'un qui se serait permis de publier un roman contre la torture !... Mais depuis la prise de la Bastille, on peut tout écrire. Les livres font un mal affreux.
LE GROS MONSIEUR
Affreux. On était tranquille, on ne pensait à rien. Il se coupait bien de temps en temps en France une tête par-ci par-là, deux tout au plus par semaine. Tout cela sans bruit, sans scandale. Ils ne disaient rien. Personne n'y songeait. Pas du tout, voilà un livre... – un livre qui vous donne un mal de tête horrible !
LE MONSIEUR MAIGRE
Le moyen qu'un juré condamne après l'avoir lu !
Comédie pour une tragédie - Préface 1829

*La question de la peine de mort fut mise sur le tapis, nous allons dire quelques lignes plus bas à quelle occasion ; et alors il sembla que toutes ces entrailles de législateurs étaient prises d'une subite et merveilleuse miséricorde. Ce fut à qui parlerait, à qui gémirait, à qui lèverait les mains au ciel. La peine de mort, grand Dieu ! quelle horreur ! Tel vieux procureur général, blanchi dans la robe rouge, qui avait mangé toute sa vie le pain trempé de sang des réquisitoires, se composa tout à coup un air piteux et attesta les dieux qu'il était indigné de la guillotine. Pendant deux jours la tribune ne désemplit pas de harangueurs en pleureuses. Ce fut une lamentation, une myriologie, un concert de psaumes lugubres, un Super flumina Babylonis, un Stabat mater dolorosa, une grande symphonie en ut, avec choeurs, exécutée par tout cet orchestre d'orateurs qui garnit les premiers bancs de la Chambre, et rend de si beaux sons dans les grands jours.
Tel vint avec sa basse, tel avec son fausset. Rien n'y manqua. La chose fut on ne peut plus pathétique et pitoyable. La séance de nuit surtout fut tendre, paterne et déchirante comme un cinquième acte de Lachaussée. Le bon public, qui n'y comprenait rien, avait les larmes aux yeux.
Le dernier jour d'un condamné - Préface 1832