La peine de mort est-elle utile ? (I)

 

Quels sont les arguments en faveur de la peine de mort ?

Comment Victor Hugo les réfute-t-il ?
 

*La raison est pour nous, le sentiment est pour nous, l'expérience est aussi pour nous. Dans les états modèles, où la peine de mort est abolie, la masse des crimes capitaux suit d'année en année une baisse progressive. Pesez ceci.
Le dernier jour d'un condamné- Préface 1832

*Cette exécution a coûté cinquante mille francs. C’est un beau luxe.
(...) On voit l’hiver, à Londres, dans de certains quartiers, des groupes d’êtres pelotonnés dans les angles des rues, (...). C’est sur ces indigences-là que le budget prélève les cinquante mille francs donnés au bourreau Rooks. Avec ces cinquante mille francs, on ferait vivre pendant un an cent de ces familles. Il vaut mieux tuer un homme.
Affaire Tapner - À lord Palmerston - 1854

*Il faut bien que la société se défende, n’est-ce pas ? où en serions nous si, etc., etc., etc. ? L’audace des malfaiteurs n’aurait plus de bornes. On ne verrait qu’atrocités et guet-apens. Une répression est nécessaire. Enfin, c’est votre avis, monsieur, les Tapner doivent être pendus, à moins qu’ils ne soient empereurs.
Affaire Tapner - À lord Palmerston - 1854

*Mais si la peine de mort n’est pas juste, est-ce quelle est utile ? Oui, dit la théorie ; le cadavre nous laissera tranquilles. Non, dit la pratique ; car ce cadavre vous lègue une famille ; famille sans père, famille sans pain ; et voilà la veuve qui se prostitue pour vivre, et voilà les orphelins qui volent pour manger.
Dumolard, voleur à l’âge de cinq ans, était orphelin d’un guillotiné.
J’ai été fort insulté, il y a quelques mois, pour avoir osé dire que c’était là une circonstance atténuante.
On le voit, la peine de mort n’est ni exemplaire, ni juste, ni utile. Qu’est-elle donc ? Elle est. Sum qui sum. Elle a sa raison d’être en elle-même. Mais alors quoi ! la guillotine pour la guillotine, l’art pour l’art.
Genève et la peine de mort - 1862

*Aux yeux de ceux à qui l’apparence de l’ordre suffit, les arrêts de mort ont un avantage ; c’est qu’ils font le silence. Pas toujours. Il est périlleux de produire violemment un faux calme. Les exécutions politiques prolongent souterrainement la guerre civile.
A Léon Bigot, pour l'amnistie - 1871