La vision poétique

En quoi cette représentation de la mort est-elle poétique ?

*Eh bien donc ! ayons courage avec la mort, prenons cette horrible idée à deux mains, et considérons-la en face. Demandons-lui compte de ce qu'elle est, sachons ce qu'elle nous veut, retournons-la en tous sens, épelons l'énigme, et regardons d'avance dans le tombeau.
      Il me semble que, dès que mes yeux seront fermés, je verrai une grande clarté et des abîmes de lumière où mon esprit roulera sans fin. Il me semble que le ciel sera lumineux de sa propre essence, que les astres y feront des taches obscures, et qu'au lieu d'être comme pour les yeux vivants des paillettes d'or sur du velours noir, ils sembleront des points noirs sur du drap d'or.
Le Dernier jour d'un condamné - 1829
 

 
En quoi l'évocation du monde de la mer est-elle poétique ?
Comment Hugo tente-t-il de persuader les Guernesiais de ne pas pendre Tapner ?
 

     *Peuple de pêcheurs, bons et vaillants hommes de la mer, ne laissez pas mourir cet homme. Ne jetez pas l’ombre d’une potence sur votre île charmante et bénie. N’introduisez pas dans vos héroïques et incertaines aventures de mer ce mystérieux élément de malheur. N’acceptez pas la solidarité redoutable de cet empiétement du pouvoir humain sur le pouvoir divin. Qui sait ? qui connaît ? qui a pénétré l’énigme ? Il y a des abîmes dans les actions humaines, comme il y a des gouffres dans les flots. Songez aux jours d’orage, aux nuits d’hiver, aux forces irritées et obscures qui s’emparent de vous à de certains moments. Songez comme la côte de Serk est rude, comme les bas-fonds des Minquiers sont perfides, comme les écueils de Pater-Noster sont mauvais. Ne faites pas souffler dans vos voiles le vent du sépulcre. N’oubliez pas, navigateurs, n’oubliez pas, pêcheurs, n’oubliez pas, matelots, qu’il n’y a qu’une planche entre vous et l’éternité, que vous êtes à la discrétion des vagues qu’on ne sonde pas et de la destinée qu’on ignore, qu’il y a peut-être des volontés dans ce que vous prenez pour des caprices, que vous luttez sans cesse contre la mer et contre le temps, et que, vous, hommes. qui savez si peu de chose et qui ne pouvez rien, vous êtes toujours face à face avec l’infini et avec l’inconnu !
     L’inconnu et l’infini, c’est la tombe.
     N’ouvrez pas, de vos propres mains, une tombe au milieu de vous.
     Quoi donc ! les voix de cet infini ne nous disent-elles rien ? Est-ce que tous les mystères ne nous entretiennent pas les uns des autres ? Est-ce que la majesté de l’océan ne proclame pas la sainteté du tombeau ? Dans la tempête, dans l’ouragan, dans les coups d’équinoxe, quand les brises de la nuit balanceront l’homme mort aux poutres du gibet, est-ce que ce ne sera pas une chose terrible que ce squelette maudissant cette île dans l’immensité ?
     Est-ce que vous ne songerez pas en frémissant, j’y insiste, que ce vent qui viendra souffler dans vos agrès aura rencontré à son passage cette corde et ce cadavre, et que cette corde et ce cadavre lui auront parlé ?
Aux habitants de Guernesey - 1854

 

 

 
Relevez les mots abstraits qui caractérisent la justice.
Par quels procédés poétiques Hugo exprime-t-il la grandeur
et la pureté de la Justice face à l'horreur d'une exécution capitale ?
 

*On prononce ce mot : Justice. La Justice ! oh ! cette idée entre toutes auguste et vénérable, ce suprême équilibre, cette droiture rattachée aux profondeurs, ce mystérieux scrupule puisé dans l’idéal, cette rectitude souveraine compliquée d’un tremblement devant l’énormité éternelle béante devant nous, cette chaste pudeur de l’impartialité inaccessible, cette pondération où entre l’impondérable, cette acception faite de tout, cette sublimation de la sagesse combinée avec la pitié, cet examen des actions humaines avec l’oeil divin, cette bonté sévère, cette résultante lumineuse de la conscience universelle, cette abstraction de l’absolu se faisant réalité terrestre, cette vision du droit, cet éclair d’éternité apparu à l’homme, la Justice ! cette intuition sacrée du vrai qui détermine, par sa seule présence, les quantités relatives du bien et du mal et qui, à l’instant où elle illumine l’homme, le fait momentanément Dieu, cette chose finie qui a pour loi d’être proportionnée à l’infini, cette entité céleste dont le paganisme fait une déesse et le christianisme un archange, cette figure immense qui a les pieds sur le coeur humain et les ailes dans les étoiles, cette Yungfrau des vertus humaines, cette cime de l’âme, cette vierge, ô Dieu bon, Dieu éternel, est-ce qu’il est possible de se l’imaginer debout, sur la guillotine ? est-ce qu’on peut se l’imaginer bouclant les courroies de la bascule sur les jarrets d’un misérable ? est-ce qu’on peut se l’imaginer défaisant avec ses doigts de lumière la ficelle monstrueuse du couperet ? se l’imagine-t-on sacrant et dégradant à la fois ce valet terrible, l’exécuteur ? se l’imagine-t-on étalée, dépliée et collée par l’afficheur sur le poteau infâme du pilori ? se la représente-t-on enfermée et voyageant dans ce sac de nuit du bourreau Calcraft où est mêlée à des chaussettes et à des chemises la corde avec laquelle il a pendu hier et avec laquelle il pendra demain !

    Tant que la peine de mort existera, on aura froid en entrant dans une cour d’assises, et il y fera nuit.
Genève et la peine de mort - 1862
[Jungfrau : la Vierge, en allemand]