Appel aux nations

Table

À quelles nations s'adresse Victor Hugo ?

À quels sentiments fait-il appel pour les pousser à l'abolition ?
 

*Quoi  ! du milieu de tout ce qui est grand, de tout ce qui est vrai, de tout ce qui est beau, de tout ce qui est auguste, on verra obstinément surgir la peine de mort  ! Quoi  ! la ville souveraine, la ville centrale du genre humain, la ville du 14 juillet et du 10 août, la ville où dorment Rousseau et Voltaire, la métropole des révolutions, la cité-crèche de l’Idée, aura la Grève, la barrière Saint-Jacques, la Roquette  ! 
Aux habitants de Guernesey - 1854.

*Le bourreau de Brown, déclarons-le hautement (car les rois s’en vont et les peuples arrivent, on doit la vérité aux peuples), le bourreau de Brown, ce ne serait ni l’attorney Hunter, ni le juge Parker, ni le gouverneur Wyse ; ni le petit état de Virginie ; ce serait, on frissonne de le penser et de le dire, la grande République Américaine tout entière.
John Brown - 1859

*Je supplie la nation belge d’être grande. Il dépend d’elle évidemment que cette hideuse guillotine à neuf colliers ne fonctionne point sur la place publique. Aucun gouvernement ne résiste à ces saintes pressions de l’opinion vers la douceur. Ne point vouloir de l’échafaud, ce doit être la première volonté d’un peuple. On dit : Ce que veut le peuple, Dieu le veut. Il dépend de vous, Belges, de faire dire : Ce que Dieu veut, le peuple le veut.
Condamnés de Charleroi, 1862

*Les petites nations seront les grandes nations le jour où, à côté des peuples forts en nombre et vastes en territoire qui s’obstinent dans les fanatismes et les préjugés, dans la haine, dans la guerre, dans l’esclavage et dans la mort, elles pratiqueront doucement et fièrement la fraternité, abhorreront le glaive, anéantiront l’échafaud, glorifieront le progrès, et souriront, sereines comme le ciel.
Genève et la peine de mort - 1862

*Que l’Angleterre, dans sa fierté, y songe; à l’heure qu’il est, sa législation criminelle ne vaut pas la législation criminelle française, si imparfaite pourtant. De ce côté, l’Angleterre est en retard sur la France. L’Angleterre veut-elle regagner en un instant tout le terrain perdu, et laisser la France derrière elle ? Elle le peut. Elle n’a qu’à faire ce pas : Abolir la peine de mort.
Londres - Pour Polioni - 1865

*Non, l’échafaud politique n’est pas possible en Angleterre. Ce n’est pas pour imiter les gibets de la Hongrie que l’Angleterre a acclamé Kossuth; ce n’est pas pour recommencer les potences de la Sicile que l’Angleterre a glorifié Garibaldi. Que signifieraient les hourras de Londres et de Southampton ? Supprimez alors tous vos comités polonais, grecs, italiens. Soyez l’Espagne.
Non, l’Angleterre, en 1867, n’exécutera pas l’Irlande. Cette Élisabeth ne décapitera pas cette Marie Stuart.
Pour les Fenians, 1867

*Quoi ! vous avez Sheridan et Fox qui ont fondé l’éloquence parlementaire, vous avez Howard qui a aéré la prison et attendri la pénalité, vous avez Wilberforce qui a aboli l’esclavage, vous avez Rowland Hill qui a vivifié la circulation postale, vous avez Cobden qui a créé le libre échange, vous avez donné au monde l’impulsion colonisatrice, vous avez fait le premier câble transatlantique, vous êtes en pleine possession de la virilité politique, vous pratiquez magnifiquement sous toutes les formes le grand droit civique, vous avez la liberté de la presse, la liberté de la tribune, la liberté de la conscience, la liberté de l’association, la liberté de l’industrie, la liberté domiciliaire, la liberté individuelle, vous allez par la réforme arriver au suffrage universel, vous êtes le pays du vote, du poll, du meeting, vous êtes le puissant peuple de l’habeas corpus. Eh bien ! à toute cette splendeur ajoutez ceci, Burke pendu, et, précisément parce que vous êtes le plus grand des peuples libres, vous devenez le plus petit !
Pour les Fenians,1867

*Vous êtes l’Angleterre pour montrer aux nations le progrès, le travail, l’initiative, la vérité, le droit, la raison, la justice, la majesté de la liberté ! Vous êtes l’Angleterre pour donner le spectacle de la vie et non l’exemple de la mort.
L’Europe vous rappelle au devoir.
Pour les Fenians,1867

 

 Table