Le problème est-il résolu ?

I - En France

À travers les éloges et les blâmes ou l’évolution de la situation qu’il décrit,

quelle attitude, quelles décisions Hugo cherche-t-il à faire adopter ?
 

* [La révolution de juillet : Ce sont les "trois glorieuses" du 27-28-29 juillet 1830 qui amenèrent la chute de Charles X et l'accession de Louis-Philippe au pouvoir.]
Nous l'avouerons cependant, si jamais révolution nous parut digne et capable d'abolir la peine de mort, c'est la révolution de juillet. Il semble, en effet, qu'il appartenait au mouvement populaire le plus clément des temps modernes de raturer la pénalité barbare de Louis XI, de Richelieu et de Robespierre, et d'inscrire au front de la loi l'inviolabilité de la vie humaine. 1830 méritait de briser le couperet de 93.
Le dernier jour d'un condamné - Préface 1832

*Eh bien, dans le premier article de la constitution que vous votez, vous venez de consacrer la première pensée du peuple, vous avez renversé le trône. Maintenant consacrez l’autre, renversez l’échafaud. (Applaudissements à gauche. Protestations à droite.)
Je vote l’abolition pure, simple et définitive de la peine de mort.
Assemblée constituante - 1848

*Messieurs, parmi les journées de février [1848], journées qu’on ne peut comparer à rien dans l’histoire, il y eut un jour admirable, ce fut celui où cette voix souveraine du peuple qui, à travers les rumeurs confuses de la place publique, dictait les décrets du gouvernement provisoire, prononça cette grande parole : "La peine de mort est abolie en matière politique".
Assemblée législative : La déportation - 1850 

*Messieurs, cette grande chose, ce décret fécond qui contient en germe tout un code, ce progrès, qui était plus qu’un progrès, qui était un principe, l’Assemblée constituante l’a adopté et consacré. Elle l’a placé, je dirais presque au sommet de la constitution, comme une magnifique avance faite par l’esprit de la révolution à l’esprit de la civilisation, comme une conquête, mais surtout comme une promesse, comme une sorte de porte ouverte qui laisse pénétrer, au milieu des progrès obscurs et incomplets du présent, la lumière sereine de l’avenir.
Et en effet, dans un temps donné, l’abolition de la peine capitale en matière politique doit amener et amènera nécessairement, par la toute-puissance de la logique, l’abolition pure et simple de la peine de mort !
Assemblée législative : La déportation - 1850 

*[Il s'agit d'un projet de loi qui déporte dans deux îles lointaines les condamnés de la révolution de 1848 et qui, de plus, les emprisonne.] 
Sous le titre modeste de loi sur la déportation, le gouvernement nous apporte et votre commission vous propose d’adopter un projet de loi que le sentiment public, qui ne se trompe pas, a déjà traduit et résumé en une seule ligne, que voici : La peine de mort est rétablie en matière politique.
Assemblée législative : La déportation - 1850 

*Nous assistons en ce moment à une chose terrible, c’est le triomphe de la mort. On croyait la mort vaincue. On la croyait vaincue dans la loi, on la croyait vaincue dans la diplomatie. On entrevoyait la fin du coupe-tête et la fin du reître. 
    En 93, une année de guillotine avait formidablement répliqué aux douze siècles de potence, de roue et d’écartèlement de la monarchie, et après la révolution on pouvait croire l’échafaud épuisé ; puis était venue une bataille de quinze ans, et après Napoléon on pouvait croire la guerre vidée.
    La peine capitale, abolie dans toutes les consciences, commençait à disparaître dans les codes ; vingt-sept gouvernements, dans l’ancien et le nouveau continent, l’avaient raturée ; la paix se faisait dans la loi, et la concorde naissait entre les nations ; les juges n’osaient plus condamner les hommes à mort par l’échafaud, et les rois n’osaient plus condamner les peuples à mort par la guerre.
    Les poëtes, les philosophes, les écrivains, avaient fait ce travail magnifique. Les Tyburn et les Montfaucon s’abîmaient dans leur honte, et les Austerlitz et les Rosbach dans leur gloire.
Plus de tuerie, ni juridique, ni militaire ; le principe de l’inviolabilité humaine était admis. Pour la première fois depuis six mille ans, le genre humain avait la respiration libre. Cette montagne, la mort, était ôtée de dessus la poitrine du titan. La civilisation vraie allait commencer.

    Tout à coup l’an 1870 s’est levé, ayant dans sa main droite l’épée, et dans sa main gauche la hache. La mort a reparu, Janus épouvantable, avec ses deux faces de spectre, l’une qui est la guerre, l’autre qui est le supplice.
Pour l'amnistie - 1871

*Et, chose fatale, pendant que la revanche se dresse au dehors, la vengeance se dresse au dedans. La vindicte, si vous voulez. On a fait ce progrès, adosser les patients à un mur au lieu de les coucher sur une planche, et remplacer la guillotine par la mitrailleuse. Et tout le terrain qu’on croyait gagné est perdu, et le monstre qu'on croyait vaincu est victorieux, et le glaive règne sous sa double forme, hache du bourreau, épée du soldat ; de sorte qu’à cette minute sinistre où le commerce râle, où l’industrie périt, où le travail expire, où la lumière s’éteint, où la vie agonise, quelque chose est vivant, c’est la mort.
Pour l'amnistie - 1871

* [Le maréchal Bazaine avait été condamné à mort pour trahison après la chute de Napoléon III. Sa peine a été commuée en 20 ans de prison.]
Le 10 décembre 1873, les chefs de l’armée, siégeant à Trianon en haute cour de justice militaire, ont fait un acte considérable.
Ils ont aboli la peine de mort dans l’armée.
Pour un soldat - 1875

*Cet homme avait assassiné la patrie. Le haut conseil de guerre a jugé qu’il méritait la mort, et a déclaré qu’il devait vivre.
 En faisant cela, qu’a fait le conseil de guerre ? je le répète, il a aboli dans l’armée la peine de mort.
 Il a décidé que désormais ni la trahison, ni la désertion à l’ennemi, ni le parricide, car tuer sa patrie, c’est tuer sa mère, ne seraient punis de mort.
 Le conseil de guerre a bien fait  ; et nous le félicitons hautement.
Pour un soldat - 1875