La question morale - II

A-t-on le droit d'abréger les jours d'un condamné ?
*À ce moment suprême où je me recueille dans mes souvenirs, j'y retrouve mon crime avec horreur ; mais je voudrais me repentir davantage encore. J'avais plus de remords avant ma condamnation ; depuis, il semble qu'il n'y ait plus de place que pour les pensées de mort. Pourtant, je voudrais bien me repentir beaucoup.
Le Dernier jour d'un condamné- 1829

*Quoi ! commuer une peine, laisser à un coupable la chance du remords et de la réconciliation, substituer au sacrifice humain l’expiation intelligente, ne pas tuer un homme, cela est-il donc si malaisé ? Le navire est-il donc si en détresse qu’un homme y soit de trop ? un criminel repentant pèse-t-il donc tant à la société humaine qu’il faille se hâter de jeter par-dessus le bord dans l’ombre de l’abîme cette créature de Dieu ?
Aux habitants de Guernesey- 1854

*Dira-t-on qu’ici, dans ce sombre guet-apens du 18 octobre, la mort semble justice ? que le crime de Tapner est bien grand ?
     Plus le crime est grand, plus le temps doit être mesuré long au repentir.
Aux habitants de Guernesey - 1854

*Non ! plus de supplices ! nous, hommes de ce grand siècle, nous n’en voulons plus. Nous n’en voulons pas plus pour le coupable que pour le non coupable. Je le répète, le crime se rachète par le remords et non par un coup de hache ou un noeud coulant ; le sang se lave avec les larmes et non avec le sang. Non ! ne donnons plus de besogne au bourreau.
Aux habitants de Guernesey - 1854

*Vous le voyez, monsieur, les choses se sont bien passées. Cela a été complet, Si c’est un cri d’horreur qu’on a voulu, on l’a.
La ville étant bâtie en amphithéâtre, on voyait cela de toutes les fenêtres. Les regards plongeaient dans le jardin.
La foule criait shame ! shame ! Des femmes sont tombées évanouies.
Pendant ce temps-là, Fouquet, le gracié de 1851, se repent. Le bourreau a fait de Tapner un cadavre ; la clémence a refait de Fouquet un homme.
Affaire Tapner - À lord Palmerston - 1854

*Faut-il vous le redire sans cesse ? cet homme, pour se reconnaître et s’amender, et se dégager de la responsabilité accablante qui pèse sur son âme, avait besoin de tout ce qui lui restait de vie. Vous lui donnez quelques minutes ! de quel droit ? Comment osez-vous prendre sur vous cette redoutable abréviation des phénomènes divers du repentir ? Vous rendez-vous compte de cette responsabilité damnée par vous, et qui se retourne contre vous, et qui devient la vôtre ? vous faites plus que tuer un homme, vous tuez une conscience.
Genève et la peine de mort - 1862