Appel aux valeurs humanistes (I)

En quoi l'abolition s'inscrit-elle dans le sens de l'histoire ?

Sur quelles valeurs repose l'idée de progrès ?
 

*Que les criminalistes les plus entêtés y fassent attention, depuis un siècle la peine de mort va s'amoindrissant. Elle se fait presque douce. Signe de décrépitude. Signe de faiblesse. Signe de mort prochaine. La torture a disparu. La roue a disparu. La potence a disparu. Chose étrange ! la guillotine elle-même est un progrès.
M. Guillotin était un philanthrope. (...)
À l'heure qu'il est, la peine de mort est déjà hors de Paris. Or, disons-le bien ici, sortir de Paris c'est sortir de la civilisation.
Le dernier jour d'un condamné- Préface 1832

*Messieurs, ce sont là des faits incontestables. L’adoucissement de la pénalité est un grand et sérieux progrès. Le dix-huitième siècle, c’est là une partie de sa gloire, a aboli la torture ; le dix-neuvième siècle abolira la peine de mort. (Vive adhésion. Oui ! oui !)
Vous ne l’abolirez pas peut-être aujourd’hui ; mais, n’en doutez pas, demain vous l’abolirez, ou vos successeurs l’aboliront. (Nous l’abolirons ! Agitation.)
Assemblée constituante
- 1848

*Messieurs les jurés, en Espagne, l'inquisition a été la loi. Eh bien ! il faut bien le dire, on a manqué de respect à l’inquisition. En France, la torture a été la loi : Eh bien ! il faut bien vous le dire encore, on a manqué de respect à la torture. Le poing coupé a été la loi. On a manqué... – j’ai manqué de respect au couperet ! Le fer rouge a été la loi. On a manqué de respect au fer rouge ! La guillotine est la loi. Eh bien ! c’est vrai, j’en conviens, on manque de respect à la guillotine ! (Mouvement. )
Savez-vous pourquoi, monsieur l’avocat général ? Je vais vous le dire. C’est parce qu’on veut jeter la guillotine dans ce gouffre d’exécration où sont déjà tombés aux applaudissements du genre humain, le fer rouge, le poing coupé, la torture et l’inquisition ! C’est parce qu’on veut faire disparaître de l’auguste et lumineux sanctuaire de la justice cette figure sinistre qui suffit pour le remplir d’horreur et d’ombre, le bourreau ! (Profonde sensation. )
Pour Charles Hugo -
1851

*Tenez, monsieur l’avocat général, je vous le dis sans amertume, vous ne défendez pas une bonne cause. Vous avez beau faire, vous engagez une lutte inégale avec l’esprit de civilisation, avec les moeurs adoucies, avec le progrès. Vous avez contre vous l’intime résistance du coeur de l’homme ; vous avez contre vous tous les principes à l’ombre desquels, depuis soixante ans, la France marche et fait marcher le monde : l’inviolabilité de la vie humaine, la fraternité pour les classes ignorantes, le dogme de l’amélioration, qui remplace le dogme de la vengeance ! Vous avez contre vous tout ce qui éclaire la raison, tout ce qui vibre dans les âmes, la philosophie comme la religion, d’un côté Voltaire, de l’autre Jésus-Christ ! 
Pour Charles Hugo -
1851

*Comme la monarchie, le talion fait partie du passé ; nous répudions le passé. La peine de mort, glorieusement abolie par la république en 1848, odieusement rétablie par Louis Bonaparte, reste abolie pour nous, abolie à jamais. Nous avons emporté dans l’exil le dépôt sacré du progrès ; nous le rapporterons à la France fidèlement.
Sur la tombe de Jean Bousquet - 1853

*Oh ! nous sommes le dix-neuvième siècle ; nous sommes le peuple nouveau ; nous sommes le peuple pensif, sérieux, libre, intelligent, travailleur, souverain ; nous sommes le meilleur âge de l’humanité, l’époque de progrès, d’art, de science, d’amour, d’espérance, de fraternité ; échafauds ! qu’est-ce que vous nous voulez ? Ô machines monstrueuses de la mort, hideuses charpentes du néant, apparitions du passé, [...] Vous êtes les choses de la nuit, rentrez dans la nuit. Est-ce que les ténèbres offrent leurs services à la lumière ? Allez-vous-en. 
Pour civiliser l’homme, pour corriger le coupable, pour illuminer la conscience, pour faire germer le repentir dans les insomnies du crime, nous avons mieux que vous, nous avons la pensée, l’enseignement, l’éducation patiente, l’exemple religieux, la clarté en haut, l’épreuve en bas, l’austérité, le travail, la clémence. Quoi ! du milieu de tout ce qui est grand, de tout ce qui est vrai, de tout ce qui est beau, de tout ce qui est auguste, on verra obstinément surgir la peine de mort !
Aux habitants de Guernesey - 1854.

*Les écrivains du dix-huitième siècle ont détruit la torture ; les écrivains du dix-neuvième, je n’en doute pas, détruiront la peine de mort. Ils ont déjà fait supprimer en France le poing coupé et le fer rouge ; ils ont fait abroger la mort civile ; et ils ont suggéré l’admirable expédient provisoire des circonstances atténuantes.
Genève et la peine de mort- 1862

*L’inviolabilité de la vie humaine est le droit des droits. Tous les principes découlent de celui-là. Il est la racine, ils sont les rameaux. L’échafaud est un crime permanent. C’est le plus insolent des outrages à la dignité humaine, à la civilisation, au progrès. Toutes les fois que l’échafaud est dressé, nous recevons un soufflet. Ce crime est commis en notre nom.
Milan - Au comité pour l'abolition - 1865

*Proclamer des principes, c’est plus beau encore que de découvrir des mondes.
Portugal, Abolition - 1867

*L’impôt du sang payé à outrance, c’était la loi des régimes anciens ; ce ne peut être la loi de la civilisation nouvelle. Autrefois, la chaumière était sans défense, les larmes des mères et les fiancées ne comptaient pas, les veuves sanglotaient dans la surdité publique, l’accablement des pénalités était inexprimable ; ces moeurs ne sont plus les nôtres. Aujourd’hui, la pitié existe ;
Pour un soldat - 1875