Le problème est-il résolu ?

II - dans le monde ? 

À travers les éloges et les blâmes ou l’évolution de la situation qu’il décrit,

quelle attitude, quelles décisions Hugo cherche-t-il à faire adopter ?
 

 
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Messieurs les jurés, il y a, dans ce qu’on pourrait appeler le vieux code européen, une loi que, depuis plus d’un siècle, tous les philosophes, tous les penseurs, tous les vrais hommes d’État, veulent effacer du livre vénérable de la législation universelle ; (...) une loi dont la chambre des députés réclamait par acclamation l’abrogation, il y a vingt ans, au mois d’octobre 1830, et qu’à la même époque le parlement demi-sauvage d’Otahiti rayait de ses codes ; une loi que l’assemblée de Francfort abolissait il y a trois ans, et que l’assemblée constituante de la république romaine, il y a deux ans, presque à pareil jour, a déclarée abolie à jamais, sur la proposition du député Charles Bonaparte ; une loi que notre constituante de 1848 n’a maintenue qu’avec la plus douloureuse indécision et la plus poignante répugnance ; une loi qui, à l’heure où je parle, est placée sous le coup de deux propositions d’abolition, déposées sur la tribune législative ; une loi enfin dont la Toscane ne veut plus, dont la Russie ne veut plus, et dont il est temps que la France ne veuille plus. Cette loi devant laquelle la conscience humaine recule avec une anxiété chaque jour plus profonde, c’est la peine de mort.
Procès de Charles Hugo - 1851

*Citoyens, à l’heure où nous sommes, heure fatale et qui sera comptée dans les siècles, le principe absolutiste, le vieux principe du passé, triomphe par toute l’Europe ; il triomphe comme il lui convient de triompher, par le glaive, par la hache, par la corde et le billot, par les massacres, par les fusillades, par les tortures, par les supplices.
Le despotisme, ce Moloch entouré d’ossements, célèbre à la face du soleil ses effroyables mystères sous le pontificat sanglant des Haynau, des Bonaparte et des Radetzky. Potences en Hongrie, potences en Lombardie, potences en Sicile ; en France, la guillotine, la déportation et l’exil. Rien que dans les états du pape, et je cite le pape qui s’intitule le roi de douceur, rien que dans les états du pape, dis-je, depuis trois ans, seize cent quarante-quatre patriotes, le chiffre est authentique, sont morts fusillés ou pendus, sans compter les innombrables morts ensevelis vivants dans les cachots et les oubliettes. Au moment où je parle, le continent, comme aux plus odieux temps de l’histoire, est encombré d’échafauds et de cadavres ; et, le jour où la révolution voudrait se faire un drapeau des linceuls de toutes les victimes, l’ombre de ce drapeau noir couvrirait l’Europe.
Sur la tombe de Jean Bousquet - 1853

*Guernesiais ! la peine de mort recule aujourd’hui partout et perd chaque jour du terrain ; elle s’en va devant le sentiment humain. En 1830, la Chambre des députés de France en réclamait l’abolition, par acclamation ; la Constituante de Francfort l’a rayée des codes en 1848 ; la Constituante de Rome l’a supprimée en 1849 ; notre Constituante de Paris ne l’a maintenue qu’à une majorité imperceptible ; je dis plus, la Toscane, qui est catholique, l’a abolie ; la Russie, qui est barbare, l’a abolie ; Otahiti, qui est sauvage, l’a abolie. Il semble que les ténèbres elles-mêmes n’en veulent plus. Est-ce que vous en voulez, vous, hommes de ce bon pays ?
Aux habitants de Guernesey - 1854

*Je cite ces faits ; pourquoi ? parce qu’ils prouvent la nécessité de persister. Hélas ! le glaive persiste aussi.
Les statistiques de la guillotine et de la potence conservent leurs hideux niveaux ; le chiffre du meurtre légal ne s'est amoindri dans aucun pays. Depuis une dizaine d’années même, le sens moral ayant baissé, le supplice a repris faveur, et il y a recrudescence. Vous petit peuple, dans votre seule ville de Genève, vous avez vu deux guillotines dressées en dix-huit mois. En effet, ayant tué Vary, pourquoi ne pas tuer Elcy ? En Espagne, il y a le garrot ; en Russie, la mort par les verges. À Rome, l’Église ayant horreur du sang, le condamné est assommé, ammazzato. L’Angleterre, où règne une femme, vient de pendre une femme.
Genève et la peine de mort - 1862

*Nous traversons en ce moment l’heure mauvaise du dix-neuvième siècle. Depuis dix ans, il y a un recul apparent de civilisation ; Venise enchaînée, la Hongrie garrottée, la Pologne torturée ; partout la peine de mort. Les monarchies ont des Haynau, les républiques ont des Tallaferro. La peine de mort est élevée à la dignité d’ultima ratio. Les races, les couleurs, les partis, se la jettent à la tête et s’en servent comme d’une réplique. Les blancs l’utilisent contre les nègres ; les nègres, représaille lugubre, l’aiguisent contre les blancs.
Condamnés de Charleroi, 1862

*La peine de mort vient d’être abolie dans plusieurs républiques de l’Amérique du Sud. Elle va l’être, si elle ne l'est déjà, en Italie, en Portugal, en Suisse, en Roumanie, en Grèce. La Belgique ne tardera point à suivre ces beaux exemples. Il serait admirable que l’Angleterre, prît la même initiative, et prouvât, par la suppression de l’échafaud, que la nation de la liberté est aussi la nation de l’humanité.
Londres - Pour Polioni - 1865

*La civilisation, en ce moment, est sur le chevalet. En Angleterre, on rétablit la fusillade ; en Russie, la torture ; en Allemagne, le banditisme. À Paris, abaissement de la conscience politique, de la conscience littéraire, de la conscience philosophique. La guillotine française travaille de façon à piquer d’honneur le gibet anglais.
Partout le progrès est remis en question. Partout la liberté est reniée. Partout l’idéal est insulté. Partout la réaction prospère sous ses divers pseudonymes, bon ordre, bon goût, bon sens, bonnes lois, etc. ; mots qui sont des mensonges.
Le condamné Bradley - 1866

Pour savoir ce qu'il en est aujourd'hui,

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