La question religieuse

Sur quels textes bibliques s'appuie Hugo ?

*Rappelez-leur que c’est une loi de mansuétude que le Christ est venu apporter au monde, et non une loi de cruauté; dites-leur que le jour où l’Homme-Dieu a subi la peine de mort, il l’a abolie ; car il a montré que la folle justice humaine pouvait frapper plus qu’une tête innocente, qu’elle pouvait frapper une tête divine!
La déportation -
1850

*Je ne comprends pas les objections bibliques contre ce grand progrès en présence du texte descendu du Sinaï : tu ne tueras point. Pas d'exception à ceci dit, et de si haut ; tout est dit ; dans ce texte il y a la fin de la guerre comme la fin de l'échafaud. Dieu s'étant réservé la naissance, se réserve aussi la mort. Tout gibet blasphème. Voilà, monsieur, du moins pour moi, et avec une irrésistible évidence, le point de vue religieux, qui, dans cette grande question humanitaire et divine, s'identifie avec le point de vue démocratique.
Au Révérend Pearce - 1854

*Quand donc la justice humaine prendra-t-elle mesure sur la justice divine ? quand donc ceux qui lisent la Bible comprendront-ils la vie sauve de Caïn ? quand donc ceux qui lisent l’Évangile comprendront-ils le gibet du Christ ?
Genève et la peine de mort - 1862

*Au-dessus de tous les codes monarchiques d’où tombent des gouttes de sang, ouvrez la loi de lumière, et, au milieu de la plus sainte page du livre suprême, qu’on voie le doigt de la République posé sur cet ordre de Dieu : Tu ne tueras point.
L'empereur Maximilien : À Juarez, 1867

 

Quels sont les autres arguments d'ordre religieux ?

*Autre chose encore. L'âme de cet homme, y songez-vous ? Savez-vous dans quel état elle se trouve ? Osez-vous bien l'expédier si lestement ? Autrefois du moins, quelque foi circulait dans le peuple ; au moment suprême, le souffle religieux qui était dans l'air pouvait amollir le plus endurci ; un patient était en même temps un pénitent ; la religion lui ouvrait un monde au moment où la société lui en fermait un autre ; toute âme avait conscience de Dieu ; l'échafaud n'était qu'une frontière du ciel. Mais quelle espérance mettez-vous sur l'échafaud maintenant que la grosse foule ne croit plus ?
Le dernier jour d'un condamné- Préface 1832

*Vous écrivez en tête du préambule de votre constitution "En présence de Dieu", et vous commenceriez par lui dérober, à ce Dieu, ce droit qui n’appartient qu’à lui, le droit de vie et de mort.
Assemblée constituante - 1848

*Si Dieu seul a le droit de retirer ce que Dieu seul a eu le pouvoir de donner, (...) insulaires de Guernesey, ne tuez pas cet homme !
Affaire Tapner : Aux habitants de Guernesey - 1854

*Redeviendrez-vous païens le 27 janvier 1854 pendant deux heures ? païens pour tuer un homme ! païens pour perdre une âme ! païens pour mutiler la destinée du criminel en lui retranchant le temps du repentir ! Ferez-vous cela ? Serait-ce là le progrès ? Où en sont les hommes si le sacrifice humain est encore possible ? Adore-t-on encore à Guernesey l’idole, la vieille idole du passé, qui tue en face de Dieu qui crée ?
Aux habitants de Guernesey - 1854.

*De quel droit constituez-vous Dieu juge avant son heure ? quelle qualité avez-vous pour le saisir ? est-ce que cette justice-là est un des degrés de la vôtre ? est-ce qu’il y a plain-pied de votre barre à celle-là ? De deux choses l’une : ou vous êtes croyant, ou vous ne l’êtes pas. Si vous êtes croyant, comment osez-vous jeter une immortalité à l’éternité ? Si vous ne l’êtes pas, comment osez-vous jeter un être au néant ?
Genève et la peine de mort - 1862

*La mort n'appartient qu'à Dieu. De quel droit les hommes touchent-ils à cette chose inconnue ?
Les Misérables, I Fantine - Un juste, 4 - 1862

 

Pour comprendre les allusions à Caïn

Yahvé dit à Caïn : "Où est ton frère Abel ?"
Il répondit : "Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ?"

Yahvé reprit : "Qu'as-tu fait ? Écoute le sang de ton frère crier vers moi du sol. Maintenant sois maudit et chassé du sol fertile qui a ouvert la bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère. Si tu cultives le sol, il ne te donnera plus son produit : tu seras un errant parcourant la terre.

Alors Caïn dit à Yahvé : "Ma peine est trop lourde à porter. Vois ! Tu me bannis aujourd'hui du sol fertile, je devrai me cacher loin de ta face et je serai un errant parcourant la terre : mais le premier venu me tuera !"

Yahvé lui répondit : "Aussi bien, si quelqu'un tue Caïn, on le vengera sept fois."
Et Yahvé mit un signe sur Caïn pour que le premier venu ne le frappât point.

Caïn se retira de la présence de Yahvé et séjourna au pays de Nod, à l'orient d'Eden.

Genèse, 4 - Caïn et Abel
Trad: la "Bible de Jérusalem"