Appel aux valeurs humanistes (II)

Au nom de quelles valeurs doit-on abolir la peine de mort ?

*...si le vivant est frère du vivant, si la vie de l’homme est vénérable, si l’âme de l’homme est immortelle ; si Dieu seul a le droit de retirer ce que Dieu seul a eu le pouvoir de donner, si la mère qui sent l’enfant remuer dans ses entrailles est un être béni, si le berceau est une chose sacrée, si le tombeau est une chose sainte, insulaires de Guernesey, ne tuez pas cet homme !
Affaire Tapner : Aux habitants de Guernesey - 1854

*Pas de sang ! Pas de mort ! C'est un reflux stupide
Que la férocité sur la férocité.
Un pilier d'échafaud soutient mal la cité.
Tu veux faire mourir ! Moi je veux faire naître !
Je mure le sépulcre et j'ouvre la fenêtre.
Dieu n'a pas fait le sang, à l'amour réservé,
Pour qu'on le donne à boire aux fentes du pavé.
S'agit-il d'égorger ? Peuples, il s'agit d'être.
Quoi ! Tu veux te venger, passant ? De qui ? Du maître ?
Si tu ne vaux pas mieux, que viens-tu faire ici ?
Les Quatre vents de l'esprit - L'échafaud -1870

*Mais qu’importe ! pour moi cet assassin n’est plus un assassin, cet incendiaire n’est plus un incendiaire, ce voleur n’est plus un voleur ; c’est un être frémissant qui va mourir. Le malheur le fait mon frère. Je le défends.
Affaire Tapner : Aux habitants de Guernesey- 1854

*Justice ! Dites-vous. - Qu'appelez-vous justice ?
Qu'on s'entr'aide, qu'on soit des frères, qu'on vêtisse
Ceux qui sont nus, qu'on donne à tous le pain sacré,
Qu'on brise l'affreux bagne où le pauvre est muré,
Mais qu'on ne touche point à la balance sombre !
Le sépulcre où, pensif, l'homme naufrage et sombre...
Les Quatre vents de l'esprit - L'échafaud -1870

*L’impôt du sang payé à outrance, c’était la loi des régimes anciens ; ce ne peut être la loi de la civilisation nouvelle. Autrefois, la chaumière était sans défense, les larmes des mères et les fiancées ne comptaient pas, les veuves sanglotaient dans la surdité publique, l’accablement des pénalités était inexprimable ; ces moeurs ne sont plus les nôtres. Aujourd’hui, la pitié existe ;
Pour un soldat - 1875

*Peut-être cette lecture leur rendra-t-elle la main moins légère, quand il s'agira quelque autre fois de jeter une tête qui pense, une tête d'homme, dans ce qu'ils appellent la balance de la justice ? Peut-être n'ont-ils jamais réfléchi, les malheureux, à cette lente succession de tortures que renferme la formule expéditive d'un arrêt de mort ? Se sont-ils jamais seulement arrêtés à cette idée poignante que dans l'homme qu'ils retranchent il y a une intelligence ; une intelligence qui avait compté sur la vie, une âme qui ne s'est point disposée pour la mort ? Non.
Le Dernier jour d'un condamné - 1829

*Ce ne sont là, sans doute, que des "raisons sentimentales", comme disent quelques dédaigneux qui ne prennent leur logique que dans leur tête. À nos yeux, ce sont les meilleures. Nous préférons souvent les raisons du sentiment aux raisons de la raison.
Le dernier jour d'un condamné- Préface 1832

*La république ; c’est l’union, l’unité, l’harmonie, la lumière, le travail créant le bien-être, la suppression des conflits d’homme à homme et de nation à nation, la fin des exploitations inhumaines, l’abolition de la loi de mort, et l’établissement de la loi de vie.
Sur la tombe de Jean Bousquet - 1853

*Continuez. C’est bien. Qu’on voie les hommes du vieux monde à l’oeuvre. Puisque le passé s’obstine, regardons-le. Voyons successivement toutes ses figures : à Tunis, c’est le pal ; chez le czar, c’est le knout ; chez le pape, c’est le garrot ; en France, c’est la guillotine ; en Angleterre, c’est le gibet ; en Asie et en Amérique, c’est le marché d’esclaves. Ah ! tout cela s’évanouira ! Nous les anarchistes, nous les démagogues, nous les buveurs de sang, nous vous le déclarons, à vous les conservateurs et les sauveurs, la liberté humaine est auguste, l’intelligence humaine est sainte, la vie humaine est sacrée, l’âme humaine est divine. Pendez maintenant !
Affaire Tapner - À lord Palmerston - 1854


 
 
*[...] Un bonnet de liberté sculpté assez profondément dans la pierre, avec ceci dessous : – Bories. – La République. C'était un des quatre sous-officiers de La Rochelle. Pauvre jeune homme ! Que leurs prétendues nécessités politiques sont hideuses ! Pour une idée, pour une rêverie, pour une abstraction, cette horrible réalité qu'on appelle la guillotine !
Le Dernier jour d'un condamné - 1829

*Quoi! à cette heure, il se prononce de ces sentences : "Un tel, tel jour, vous serez traîné sur la claie au lieu de votre supplice, puis votre corps sera coupé en quatre quartiers, lesquels seront laissés à la disposition de sa majesté qui en ordonnera selon son bon plaisir! Quoi! un matin de mai ou de juin, aujourd’hui, demain, un homme, parce qu’il a une foi politique ou nationale, parce qu’il a lutté pour cette foi, parce qu'il a été vaincu, sera lié de cordes, masqué du bonnet noir, et pendu et étranglé jusqu’à ce que mort s’ensuive! 
Non! vous n’êtes pas l’Angleterre pour cela.
Pour les Fenians, 1867

*Vous plaidez pour Maroteau, pour ce jeune homme, qui, poëte à dix-sept ans, soldat patriote à vingt ans, a eu, dans le funèbre printemps de 1871, un accès de fièvre, a écrit le cauchemar de cette fièvre, et aujourd’hui, pour cette page fatale, va, à vingt-deux ans, si l’on n’y met ordre, être fusillé, et mourir avant presque d’avoir vécu. Un homme condamné à mort pour un article de journal, cela ne s’était pas encore vu.
A Léon Bigot, pour l'amnistie - 1871


*
C’est devant ceux qui auraient légalement mérité la mort qu’il importe d’abjurer cette voie de fait. Le plus beau renversement de l’échafaud se fait devant le coupable.
Que le violateur des principes soit sauvegardé par un principe. Qu’il ait ce bonheur, et cette honte ! Que le persécuteur du droit soit abrité par le droit. En le dépouillant de sa fausse inviolabilité, l'inviolabilité royale, vous mettez à nu la vraie, l’inviolabilité humaine : Qu’il soit stupéfait de voir que le côté par lequel il est sacré, c’est le côté par lequel il n’est pas empereur. Que ce prince, qui ne se savait pas homme, apprenne qu’il y a en lui une misère, le prince, et une majesté, l’homme.
L'empereur Maximilien : À Juarez, 1867

*Écoutez, citoyen Président de la République mexicaine. (...)
Juarez, faites faire à la civilisation ce pas immense. Juarez, abolissez sur toute la terre la peine de mort.
Que le monde voie cette chose prodigieuse : la République tient en son pouvoir son assassin, un empereur ; au moment de l’écraser, elle s’aperçoit que c’est un homme, elle le lâche et lui dit : Tu es du peuple comme les autres. Va !
L'empereur Maximilien : À Juarez, 1867