LA BÊTE HUMAINE

Étude de l’oeuvre intégrale à l’aide de DISCOTEXT.


Les élèves ont tout d’abord lu l’oeuvre chez eux ( ce qui a donné lieu à un questionnaire en classe), tout en procédant à des repérages préétablis, sous forme de tableau, afin de maîtriser l’oeuvre et les reprises de scènes ou de thèmes qui s’y font écho.

Ils ont ensuite choisi, en se constituant en groupes de travail, l’un des treize axes d’étude indiqués ci-après. Tous les axes ont été traités.

C’est ensuite qu’est intervenu le travail avec Discotext. Les élèves ont travaillé parallèlement chez eux, et en module au lycée une heure par semaine sur Discotext.

Chez eux, ils ont commencé à relire l’oeuvre dans la perspective de l’axe choisi, et à noter les recherches lexicales intéressantes à mener au lycée.

En module, les élèves ont procédé à leurs recherches avec Discotext, les ont élargies avec l’aide du professeur, soit sur indication précise, soit en utilisant leurs propres hypothèses. Parallèlement, au cours des mêmes séances (deux groupes renouvelables travaillant sur écran, les autres confrontant leurs recherches et hypothèses en travail de groupe classique), le plan des axes choisis a été mis sur pied.

En même temps, pendant une séance par semaine en classe complète, ont été menés quatre lectures méthodiques et un plan détaillé de commentaire composé, de cinq textes particulièrement significatifs (cf. liste en annexe).

Ces travaux se sont étendus sur huit semaines, soit pour chaque groupe huit heures de module.

Ils se sont clos sur plusieurs séances d’exposés oraux, chaque groupe présentant en dix à vingt minutes à ses camarades les résultats ordonnés de ses recherches.

Le travail avec Discotext a tout d’abord conduit les élèves à une grande soumission au texte et à sa réalité, et les a contraints soit à évacuer leurs idées toutes faites, soit à admettre que tout récit est le reflet d’une conception personnelle du monde.

Deux exemples.

Le groupe qui avait choisi de travailler - avec appétit ! - sur « l’amour » a découvert que le terme figurait peu dans l’oeuvre, et qu’il fallait travailler sur les deux termes désir et passion , ce qui a bien évidemment orienté ses recherches et le plan de son travail, et aussi balayé toute sa conception « romantique » de la chose. Par ailleurs, les recherches textuelles et contextuelles portant sur désir les ont fait accéder à désir de meurtre, ou à désir et meurtre associés en contexte, ce qui est évidemment entrer directement au coeur de l’oeuvre.

Le groupe qui travaillait sur « le train » a fait des découvertes semblables. Le terme train figure assez peu dans le roman, il est très souvent remplacé par la machine ou la Lison, ce qui a conduit les élèves vers la piste fructueuse de la féminisation quasi-systématique du train de Jacques, et sur la liaison hors nature qui les unit.

Par ailleurs, le travail sur Discotext a permis un lien étroit et bénéfique avec la lecture méthodique. En soumettant les élèves à la primauté du texte, il les a rendus, en lecture méthodique, sensibles à la précision des recherches lexicales, attentifs à l’examen des figures de style et à la forme du texte en général. Par ailleurs, les pistes lancées en lecture méthodique, par exemple, l’assimilation entre le gouffre du tunnel et le gouffre personnel des pulsions de Jacques (Lecture méthodique 2) ont montré aux élèves que leurs recherches lexicales sur Discotext devaient forcément déboucher sur des recherches de symbolisme, par le biais de la métaphore.

Enfin, cette forme de travail a conduit les élèves à la nécessité de la synthèse et à la recherche de plans dynamiques. Ils ont vite saisi que des recherches trop simples sur Discotext ne les conduiraient qu’à décrire le roman et non à l’analyser. Au besoin, on le leur a fait sentir. Ils ont donc très vite débouché, par des associations de termes de plus en plus larges, sur la recherche de la fonction, narrative, puis symbolique, de la piste qu’ils étudiaient. C’est ainsi qu’ils ont pu voir que la ligne Paris-Le Havre, avec ses aller et retour incessants, était le symbole de la destinée humaine et de son renouvellement cyclique, et que la Croix-de-Maufras, carrefour des intrigues et des meurtres, était la préfiguration de l’Enfer sur terre.

Ils ont ainsi sans doute définitivement saisi que le premier niveau de lecture, plaisant, était une porte ouverte à de nombreuses surprises et découvertes plus fascinantes encore, et que tout écrivain racontait une histoire pour parler au fond d’une autre, plus importante, mais moins dicible.

Chaque groupe étant autonome et responsable d’un travail distinct, les notions de rivalité ont disparu, ne sont restés que l’émulation et l’échange de méthodes de recherche entre les groupes. La classe est restée ainsi active et mobilisée pendant toute l’étude, ce qui ne va pas de soi pour un roman assez long et un travail forcément réparti sur des semaines. On pourra même dire que l’atmosphère, pendant les exposés oraux, a été recueillie, voire parfois émouvante, chaque groupe étant attentif, quelquefois admiratif, devant le travail des autres, et mesurant bien, pour en avoir soi-même tâté, l’ampleur du travail et de la réflexion effectués.

Agnès JOSTE. Professeur de Lettres. Lycée Claude Monet - Le Havre.

                                    Classe de 2de 1 - année 1996-1997


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