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VARIATIONS SUR UN TABLEAU DE GREUZE - IV

 

       Je retirai subitement la main qui couvrait mes yeux et relevai lentement la tête. Peu à peu, tandis que mes yeux s'habituaient progressivement à l'obscurité qui régnait dans la pièce, le fantôme de ce qui fut autrefois mon père se matérialisa doucement devant moi.

        Traversant l'épaisseur troublée de mes pensées, certains bruits parvenaient parfois jusqu'à mon esprit et me ramenaient à la réalité. Les sanglots aigus de mes deux sœurs me parvinrent soudain et détournèrent mon attention de ma contemplation morbide.

       J'aperçus, penchée sur le buste du défunt, Rachel, qui caressait doucement le visage aux traits creusés par la fatigue et la souffrance. Étrangement, la figure de mon père ne reflétait pas la sérénité et l'apaisement que l'on prête généralement aux personnes que la mort a délivré d'une lente agonie. Au contraire, elle était profondément marquée par la souffrance et la démence. greuze3.jpg (1072 octets)
greuze4.jpg (841 octets) Cette vision était d'ailleurs insupportable, au point qu'Anaïs détournait les yeux, implorant son Dieu de lui donner la force de repousser la nausée qui naissait dans ses entrailles à chaque fois qu'elle apercevait la dépouille de son père. Cependant, la répulsion qu'exerçait sur elle le défunt n'était pas assez forte pour la contraindre à retirer la main qu'elle posait avec délicatesse sur le bras de notre père.
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 Antonin, au contraire, ne daignait pas s'approcher du lit et s'en éloignait d'ailleurs, effrayé par cette crainte nouvelle de la mort, dont il tentait de se protéger à l'aide de ses mains.

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Joshua, en revanche, n'ayant encore jamais connu de pareilles circonstances, implorait ma sœur de le hisser vers le gisant afin qu'il puisse l'observer.
greuze7.jpg (1056 octets)       Soudain, je me rappelai l'irruption violente de mon frère Hector, que ma mère avait mené jusqu'au cadavre. À la vue du cadavre, il laissa tomber sa canne, effrayé par la vue de son forfait. Ce fut la seule fois où il se laissa dominer par ses émotions.

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greuze10.jpg (1028 octets)         Il ne laissait transparaître aucun regret pour le crime qu'il avait commis, si ce n'est quelques larmes que son hypocrisie lui permettait de verser, afin de ne pas offusquer les autres, encore dans l'ignorance.

        Moi seul avais assisté au parricide que commettait mon frère qui, féru de tragédie grecque et de drame shakespearien, avait empoisonné son propre père. Trahi de son vivant, il était maintenant déshonoré par la présence du chien d'Hector, aussi joyeux que son maître en ce jour funeste.

En voyant ce frère criminel, hypocrite vil, un sentiment violent de haine s'insérait en moi. Mais je ne pouvais supporter cette tristesse, cette hargne, et la douleur qu'engendraient ces pensées en moi. Pris de sanglots, je me cachai d'une main le visage et priai pour que tout cela cesse, pour que tout s'arrête, que le temps se fige.

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Laurent Gouby

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LA CIRCULATION DU REGARD DANS LE TABLEAU

  • Comment est organisé le devoir ?

  • Qui est le narrateur ? Modifiez le premier paragraphe et certains autres éléments du texte pour rendre plus pertinent et plus évident le point de vue du narrateur dans cette scène.

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