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VARIATION AUTOUR D'UN TABLEAU DE GREUZE - II

 

 

        On était en hiver, le sol était gelé, il avait neigé peu de temps auparavant. Je me rappellerai longtemps cette journée, le dix-huit brumaire. Quand je suis rentré, j'ai tout de suite su que quelque chose n'allait pas. J'entendais des pleurs et des gémissements. Je me suis dirigé vers la chambre de mon père.

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Il était allongé dans son lit, le visage terreux posé sur des oreillers ; je distinguais seulement ses yeux rougis au centre du visage ; ses traits étaient figés par la fatigue. Il n'était pas tout seul ; assise à son chevet se trouvait ma sœur. Elle lui tenait le bras, lui serrait la main, se lamentait ; son petit garçon, pendu à son corsage, braillait.
greuze15.jpg (2358 octets) Au pied du lit se trouvait l'un de mes frères. Accablé par le chagrin, il s'était accroupi. Notre bonne et son fils se trouvaient de l'autre côté du lit et ils priaient à voix basse.
Ma mère me regardait d'un œil mauvais en me montrant mon père :
" Tu as vu ce que tu lui as fait ? "
Elle se mit à pleurer et à gémir. 
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Moi, à peine entré, je ployais sous le poids de la douleur et de la responsabilité. Je me demandais comment nous avions pu en arriver là…       
 

        Tout avait commencé en l'an 1789. Nous étions en ce temps-là installés dans notre propriété du Dauphiné. Une belle maison de type ancien, aux poutres de bois avec de nombreuses sculptures, entourée d'un parc arboré et fleuri où j'aimais gambader quand j'étais petit. Cette année-là mon dernier frère venait de naître. On l'avait baptisé Joseph, comme mon père. Ma mère se remettait lentement de sa grossesse.
        Mon père pensait déjà à marier Marie, ma sœur de seize ans à l'un de ses riches amis. Ma mère et notre bonne Jeanne réalisaient son trousseau, et mon père réunissait sa dot. J'avais deux ans de plus qu'elle, j'étais joyeux, un peu fanfaron, amateur de festivités, mais très doux. Je l'adorais ; elle me maternait, ce que ma mère avait peu fait, aussi je me désolais déjà de devoir la quitter bientôt. Elle partirait, et je devrais suivre les projets que mon père envisageait pour moi.
        Mon destin était scellé : après mes études à l'École centrale des travaux publics, fini le temps des bals entre amis au manoir et des chasses à courre dans les bois : je serai député. Mon père était un homme dur, il décidait de tout, rien ne pourrait faire fléchir ses positions. C'est en partie de sa faute si tout ceci est arrivé. Je suis donc devenu député, je me suis rallié aux idées nouvelles : liberté, égalité, fraternité, l'abolition des privilèges, la séparation des trois pouvoirs et la fin de l'oppression. Je défendais le petit peuple de ma région. Mon père ne s'était pas élevé contre mon choix ; pour lui, j'étais quand même devenu ce qu'il voulait.

        Mais plus tard, tout s'est dégradé. Le 5 mai 1789, les porte-parole du Tiers-État dont je faisais partie s'étaient réunis pour les États généraux. Le roi n'a pas tenu compte de nos revendications, il voulait juste que nous acceptions de nouveaux impôts. Soutenus par certains représentants du clergé, et comme nous représentions la plus grande partie de la nation, nous nous sommes élevés contre l'homme le plus puissant de France, le Roi !
        Nous avons prêté le serment du Jeu de paume contre la monarchie et juré de donner une constitution au royaume. Nos actions étaient téméraires, nous pensions beaucoup à la gloire qu'elles nous apporteraient plutôt qu'à la situation difficile dans laquelle nous placions nos familles.

        Mon père a appris la nouvelles par des villageois. Il s'est mis dans une colère noire, il m'a frappé sous les yeux de mes frères et sœurs terrorisés, puis il m'a dépossédé et coupé le vivres. Il m'accusait de m'être allié aux paysans et aux brigands qui grondaient sur ses terres contre le seigneur.
        Puis il a décidé de quitter notre domaine et ils se sont réfugiés dans une exploitation agricole en Provence. Le voyage fut long et pénible. Ils se cachaient le jour, vivaient la nuit sur les cahots, les creux et les bosses du chemin, ballottés dans des berlines, à la merci des rôdeurs et des détrousseurs. Mon père qui avait été fort affligé par ma conduite est tombé malade. Ma mère a passé de nombreuses nuits à son chevet pour le réconforter et le soigner. Petit à petit, il s'est remis. Mais il est resté très touché par cette maladie, affaibli et vieillissant.

        Moi, je suis resté à Paris pour suivre les événements. Au début de l'été, les premiers grands mouvements de révolte ont commencé. Ils étaient de plus en plus durs et meurtriers et les revendications s'étaient transformées depuis les débuts de la révolte. Maintenant les villageois parcouraient les ruelles, armés de fourches, de piques et de faux. Ils scandaient des devises " À bas les aristos ! À la lanterne ! " Mes opinions avaient changé, je n'étais plus du tout d'accord avec cette agitation.

        J'ai donc décidé de retourner en Provence. Je me suis dépêché, je changeais toutes les quatre heures de cheval dans les relais. Je suis arrivé deux jours après mon départ de Paris, pour trouver mon père mort.

Laureline Hartemann

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LE TEMPS DU RÉCIT

1. Le temps historique : Ce récit est daté historiquement. Vérifiez qu'il n'y a aucun anachronisme. Corrigez-les s'il y a lieu.

2. Le temps du récit : Lisez le premier puis le dernier paragraphe. Quelles corrections faut-il faire pour rétablir la cohérence dans le temps ?


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