Mise
en forme des caractères -
Texte personnel
FAUT-IL ENSEIGNER LA
LITTÉRATURE ?
THÈSE RÉFUTÉE THÈSE
SOUTENUE
Thèse
réfutée :
Thèse de lauteur :
Résumé :
Faut-il enseigner la
littérature ?
Que peut représenter, pour un écrivain,
l'enseignement de la littérature ? Nous avons tendance à
penser qu'il existe deux activités, rigoureusement complémentaires
certains théoriciens, aujourd'hui, prétendent que c'est
la même dont l'unité constitue la littérature :
lire et écrire. On ne voit, a priori, aucune nécessité
pour que s'introduisent, entre les deux, ces parasites qui s'appellent les
critiques, les professeurs et autres gens tout juste bons à faire
écran entre l'écriture et le lecteur. Au mois de mai, l'an
dernier, la notion même d'un enseignement de la littérature
était fortement contestée ; et cet hiver encore, dans
le texte que Sartre a donné à L'Observateur, on retrouvait,
à propos de Baudelaire, l'idée qu'il est impossible d'expliquer
un écrivain. À la limite, la thèse de Sartre portait
condamnation de tout commentaire sous quelque forme qu'il se présente.
Après tout, n'est-il pas normal de laisser les écrivains et
les lecteurs face à face ? Ont-ils vraiment besoin d'un
intermédiaire pour s'atteindre ?
Je crois cette idée fausse, pour deux
raisons : l'une de caractère général, l'autre
liée à la conception actuelle de la littérature. D'abord,
on en revient par là au principe d'une communication directe,
immédiate entre l'auteur et le lecteur, l'écrivain inspiré,
trouvant spontanément les mots qui sauront toucher son public.
Or, nous le savons bien aujourd'hui (...) la communication ne se fait pas
toute seule. Elle suppose un certain nombre de médiations. Un
écrivain ne tombe pas du ciel : il écrit à une
certaine époque, dans un certain milieu, pour un certain public. Il
est soumis à un conditionnement sociologique, économique,
idéologique. En même temps, un écrivain vient après
et à côté d'autres écrivains, les livres se
répondent les uns aux autres à l'intérieur d'une histoire
propre de la littérature qui s'ajoute à l'histoire tout court
et qu'il est indispensable de connaître si l'on veut pénétrer
complètement une uvre littéraire. Dégager ces
médiations, situer une uvre par rapport à toutes ses
coordonnées, ce qui ne veut pas dire, bien entendu, restaurer
la vieille critique des "sources", telle me paraît être
la justification générale d'un enseignement de la
littérature.
J'ajouterai une raison circonstancielle. Depuis
un demi-siècle, la littérature est devenue de plus en plus
consciente d'elle-même. Elle est critique en même temps que
création, critique de ses propres mécanismes, " roman
du roman " , comme on l'a dit souvent. Cette littérature
de recherche, au sens où l'on parle de recherche scientifique,
est, par définition, d'accès difficile. Il faut, non seulement
pour l'apprécier, mais pour en percevoir le sens, les intentions,
une certaine préparation culturelle. Il est frappant, et assez
inquiétant, de voir que la plupart des étudiants l'ignorent.
Les enquêtes faites à l'occasion de mai 1968 ont montré
qu'ils en restaient généralement à Sartre, Camus,
Saint-Exupéry. Peut-être s'intéresseraient-ils davantage
aux recherches des écrivains actuels si l'on développait, à
leur intention, une pédagogie de la lecture, adaptée aux ambitions
nouvelles de la littérature, et qui reste d'ailleurs à
définir. En tout cas, les écrivains eux-mêmes ont le
plus grand besoin qu'un enseignement de ce genre les aide à retrouver
le chemin du public. Sinon, leur activité risque de se dérouler
de plus en plus en vase clos ; ils écriront de plus en plus pour
des écrivains. Or on peut concevoir qu'un savant travaille pour d'autres
savants. Mais le propre de la littérature, à travers toutes
les médiations que j'ai évoquées, est de s'adresser
à n'importe qui. Elle n'est rien, si elle n'est, au bout du compte,
communication.
Bernard PINGAUD
PROGRESSION DE L'ARGUMENTATION
Écrivez un paragraphe qui reprendra seulement les idées principales
de ce texte.
L'Enseignement de la littérature 1969