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Notes
QUE PEUVENT RÉVÉLER LES JEUX
PRENDRE DES NOTES EN FONCTION DU SUJET À
TRAITER
ARON Raymond : Loisirs et sociétés
LOISIRS ET SOCIÉTÉS
L'usage que chacun fait de son temps libre, en fin de
journée, en fin de semaine, durant les semaines de congé
payé, ne se comprend que par rapport au travail et au mode d'existence
dans la ville. La part faite au sport, au divertissement, à l'information
ou à l'enrichissement, à la solitude ou au groupe, varie selon
les métiers, les modes ou les individus. Choix libre en ce sens qu'aucun
règlement ne l'impose. Non pas nécessairement l'expression
d'une liberté : la personne elle-même se soumet à des
interdits et à des obligations qu'elle a inconsciemment
intériorisés.
Chaque société a ses jeux et ceux-ci ont le
même caractère d'évidence que les coutumes. Certains
sociologues ont esquissé une typologie des jeux en relation avec la
diversité des types sociaux : la sociabilité industrielle favorise
manifestement les jeux de compétition et de hasard. Des deux
côtés de l'Atlantique, les jeux de la télévision
comportent une combinaison de l'élément dagon
et de l'élément d'aléa : la question qui vaut
soixante-quatre dollars est une affaire de chance autant qu'une épreuve
intellectuelle. Cette combinaison présente une parenté de style
avec les régimes économiques ou politiques des sociétés
modernes : en théorie, la hiérarchie sociale sanctionne les
résultats d'une compétition équitable ; en fait, les
concurrents ne partent pas tous sur la même ligne. La bonne ou la mauvaise
chance ont déterminé le sort de chacun (aux deux sens du mot
sort).
Le sport, dont l'expansion prodigieuse est un des
phénomènes typiques de notre époque, marque le triomphe
de l'esprit de compétition, bien que l'élément de hasard
ne disparaisse jamais entièrement. Il réhabilite des qualités
qui n'ont plus guère de prix dans la compétition sociale. La
force, l'adresse, la résistance, éliminées d'abord du
travail (et du combat) aux échelons supérieurs de la
hiérarchie, puis progressivement des échelons moyens ou
inférieurs, sont, grâce au sport, réhabilitées,
exaltées pour elles-mêmes. Outils, machines se substituent à
la main et réduisent l'effort physique, le corps redevient le héros
sur les stades autour desquels se pressent les foules. Certains sports n'ont
pas dépassé les frontières d'une nation (cricket) ;
d'autres ne se pratiquent guère en dehors d'une couche sociale
étroite (golf) ; la plupart des sports, quelle qu'en soit la patrie
d'origine, ont fait le tour du monde, adoptés, non pas seulement parce
qu'ils venaient de pays prestigieux, mais parce qu'ils faisaient partie
intégrante de la civilisation en voie de diffusion.
Les fermes à la campagne, les vieilles maisons
transformées en résidences secondaires dans les villages
français, les "datchas" autour de Moscou, témoignent du même
effort spontané de compensation. Prisonnier du milieu artificiel,
créé par la technique, l'habitant des villes cherche au-dehors
la solitude, le contact avec la nature ou les relations sociales moins anonymes,
moins faussement personnalisées que dans les usines ou les bureaux.
Les caravanes, le campement, partent du même besoin, authentiquement
éprouvé, quelle que soit la part de l'imitation. Le tourisme,
sous toutes ses formes, qu'il comporte un seul déplacement vers une
autre résidence ou voyages et visites, signifie une évasion,
l'expérience de conditions de vie différentes, parfois la
découverte souhaitée d'autres lieux et d'autres gens.
Juin 85 Séries technologiques
Agon : combat, compétition. Aléa : hasard,
chance.
LES JEUX, REFLETS
DUNE CIVILISATION
La stabilité des jeux est
remarquable. Les empires, les institutions disparaissent, les jeux demeurent,
avec les mêmes règles, parfois avec les mêmes accessoires.
C'est, d'abord, qu'ils ne sont pas importants et qu'ils possèdent
la permanence de l'insignifiant. Il y a là un premier mystère.
Car, pour bénéficier de cette sorte de continuité à
la fois fluide et obstinée, il s'en faut qu'ils s'apparentent aux
feuilles des arbres qui meurent d'une saison à l'autre et qui se
perpétuent néanmoins identiques à elles-mêmes
; il s'en faut qu'ils s'appareillent à la pérennité
du pelage des animaux, du dessin des ailes des papillons, de la courbe des
spirales des coquillages qui se transmettent, imperturbables, de
génération en génération. Les jeux ne jouissent
pas de cette identité héréditaire. Ils sont innombrables
et changeants. Ils revêtent mille formes inégalement
réparties, comme les espèces végétales ; mais,
infiniment plus acclimatables, ils émigrent et s'adaptent avec une
rapidité et une aisance également déconcertantes. Il
en est peu qu'on ait vus demeurer longtemps la propriété exclusive
d'une aire de diffusion déterminée. Quand on a cité
la toupie, décidément occidentale, et le cerf-volant demeuré
inconnu, semble-t-il, en Europe, jusqu'au XVIIIe siècle,
que reste-t-il ? Les autres jeux sont répandus, à date ancienne,
sous une forme ou sous une autre, dans le monde entier. Ils fournissent une
preuve de l'identité de la nature humaine. Si l'on a pu parfois localiser
leur origine, on a dû renoncer à limiter leur expansion. Chacun
séduit partout : on est forcé de convenir d'une universalité
singulière des principes, des codes, des engins, des prouesses.
Stabilité et universalité
se complètent. Elles apparaissent d'autant plus significatives que
les jeux sont largement dépendants des cultures où ils sont
pratiqués. Ils en accusent les préférences, ils en
prolongent les usages, ils en reflètent les croyances. Dans
l'Antiquité, la marelle est un labyrinthe où l'on pousse une
pierre c'est-à-dire l'âme vers la sortie. Avec
le Christianisme, le dessin s'allonge et se simplifie. Il reproduit le plan
d'une basilique : il s'agit de faire parvenir l'âme, de pousser le
caillou jusqu'au Ciel, au Paradis, à la Couronne ou à la Gloire,
qui coïncide avec le maître-autel de l'église,
schématiquement représentée sur le sol par une suite
de rectangles. Dans l'Inde, on jouait aux échecs avec quatre rois.
Le jeu passa dans l'Occident médiéval. Sous la double influence
du culte de la Vierge et de l'amour courtois, l'un des rois fut transformé
en Reine ou en Dame, qui devint la pièce la plus puissante, tandis
que le Roi se trouvait confiné au rôle d'enjeu idéal,
mais quasi passif, de la partie. L'important, toutefois, est que ces vicissitudes
n'ont pas atteint la continuité essentielle du jeu de la marelle ou
du jeu des échecs.
On peut aller plus loin et dénoncer
d'autre part une solidarité véritable entre toute
société et les jeux qui s'y trouvent pratiqués avec
prédilection. Il existe, en effet, une affinité qui ne peut
que s'accroître entre leurs règles et les qualités et
défauts ordinaires des membres de la collectivité. Ces jeux
préférés et plus répandus manifestent, pour une
part, les tendances, les goûts, les façons de raisonner les
plus communes et, en même temps, ils éduquent et entraînent
les joueurs dans ces mêmes vertus ou ces mêmes travers, ils les
confirment insidieusement dans leurs habitudes ou leurs préférences.
De sorte qu'un jeu qui est en honneur chez un peuple peut, à la fois,
servir à définir certains de ses caractères moraux ou
intellectuels, fournir une preuve de l'exactitude de la description et contribuer
à la rendre plus vraie en accentuant ces caractères chez ceux
qui s'y adonnent.
Il n'est pas absurde de tenter le diagnostic
d'une civilisation à partir des jeux qui y prospèrent
particulièrement. En effet, si les jeux sont facteurs et images de
culture, il suit que, dans une certaine mesure, une civilisation et, à
l'intérieur d'une civilisation, une époque peut être
caractérisée par ses jeux. Ils en traduisent nécessairement
la physionomie générale et apportent des indications utiles
sur les préférences, les faiblesses et les forces d'une
société donnée à tel moment de son évolution.
Roger CAILLOIS Les jeux et les
hommes, 1967
IL SERAIT TEMPS DE DÉMOBILISER LE
PÈRE NOËL
Un bout de bois, un foulard, et un peu d'imagination suffisaient
naguère à n'importe quel gosse normalement constitué
pour être Zorro, Sitting Bull ou Surcouf. Les marchands ont pensé
que les enfants de la société de consommation étaient
dépourvus de cette faculté. Ils leur épargnent jusqu'au
souci de rêver. Le type même de ces jouets inutilisables, qui
n'ont d'autre fonction que celle d'être admirés, c'est la
poupée mannequin avec accessoires, "réplique exacte de la
réalité" qui stérilise toute initiative.
Les garçons n'y échappent plus. Mais il ne s'agit
pas d'efféminer les chers petits. La poupée pour garçon
doit, dans l'esprit de ses promoteurs, favoriser au contraire sa virilisation.
Quoi de mieux pour cela que de l'habiller en militaire ?
C'est chose faite avec une collection qui nous vient de Hong-Kong
via l'Amérique, par les soins d'un importateur européen. Il
s'agit d'une poupée mannequin de 29 cm. On l'achète en short,
cheveux courts "saisissante de vérité", dit la publicité,
torse musculeux, menton carré cher aux hommes d'action. Et puis on
la vêt, grâce à plus de trente panoplies différentes
et aux dizaines d'accessoires que l'on place dans les "mains agrippantes"
(publicité dixit) de la poupée.
Les accessoires en question s'étalent sur une affiche
de 3 mètres sur 2, placardée sur les murs, afin que nul n'en
ignore les détails : mortiers avec obus à ailettes,
fusil-mitrailleur sur trépied, pistolets-mitrailleurs de diverses
formes et nationalités, fusils de guerre, revolvers, grenades à
cuillère ou à manche, et puis une collection d'armes blanches,
de la machette aux poignards en passant par les matraques. Et puis des uniformes
et tenues pour aller tuer, étriper, éventrer, massacrer,
étrangler, sur l'eau, dans les airs comme sur terre, déguisé
en agent secret, en para, en "tommie" en "Ivan", en légionnaire. Manque
pas un bouton de guêtre. Pas même les décorations, de
l'ordre de Lénine à la croix de fer, en passant par la
médaille militaire.
S'il vous en manque, vous pouvez d'ailleurs compléter
la panoplie du tueur en achetant des sachets de grenades, paquetages pour
opérations spéciales contenant un nouvel arsenal, bazooka,
mitrailleuses électriques... On a même prévu la tenue,
le brancard et les pansements de l'infirmier. On peut déguiser le
mannequin en feldgrau et un "kit à monter" reconstitue un charmant
tableau : un officier allemand, Lüger dans sa "main agrippante" et croix
de fer autour du cou, avec sa tente, sa table et ses cartes. Cela rappellera
le bon temps à papa...
Décidément, il serait temps de démobiliser
le Père Noël.
Jean CONTRUCCI. Le Monde, 12-13 décembre 1976.
Tommie : nom familier du simple soldat britannique. - Feldgrau
: couleur de l'uniforme allemand. - Lüger : revolver de marque
allemande.
POUR LES JOUETS TRADITIONNELS
Dans les sociétés de
consommation, le jouet est produit industriel, source de profits commerciaux
considérables, vanté par des publicités multiples,
exhibé dans des foires et des vitrines rutilantes. Pour celui qui
l'offre, il est signe de richesse, de prestige et instaure entre enfants
d'une même école ou d'un même quartier une cruelle
inégalité sociale, corrompant les relations de voisinage ou
de camaraderie par une compétition fondée sur la valeur marchande
des jouets possédés.
Bien plus, le jouet industriel, du fait
de sa perfection technique excessive, de sa stéréotypie, perd
une grande partie de ses qualités ludiques. C'est un objet fermé,
qui oppose une barrière à la créativité et à
l'imaginaire. Il faut presque toujours lui préférer le jouet
élémentaire, bâton ou caillou, dont le petit joueur fera,
à sa guise, un instrument de musique, un outil, une arme, une voiture
ou un bateau, une poupée ou un animal.
Ainsi, d'un côté, des millions
d'enfants sont conviés à s'accommoder des mêmes
poupées, des mêmes voitures, fabriquées à la
chaîne dans un univers dépersonnalisé ; ailleurs, le
jouet, fabriqué par l'enfant lui-même, par un frère ou
une sur plus âgé, par un parent, par l'artisan du village,
conserve son caractère démocratique et son étroite
dépendance au milieu familial et culturel.
A la différence des
sociétés modernes et stratifiées à l'excès,
dans celles dites traditionnelles (en Afrique et dans certains pays
d'Amérique et d'Asie) toutes les formes d'activités ludiques
sont accessibles à toutes les catégories sociales. Ce
caractère démocratique s'explique peut-être par le fait
que les activités ludiques relèvent tout d'abord d'un domaine
ouvert à tous et en particulier aux enfants inventeurs, exécuteurs
et fabricants de leurs jouets, (souvent les mêmes).
Fabriquer ses propres jouets, l'enfant
du monde occidental n'en a plus guère la possibilité ; son
environnement est appauvri en matériaux (s'il habite en ville, il
n'y en a plus du tout : les décharges publiques elles-mêmes
disparaissent peu à peu). Quant aux outils, l'obsession de la
sécurité aboutit à ne lui proposer que marteau en bois
ou scie en plastique, tristes leurres, sans danger pour le corps mais redoutables
sur le plan du développement psychique.
Ce n'est pas le cas en Afrique par exemple,
où les parents laissent l'enfant utiliser leurs propres outils, fabriquent
à son intention des outils de taille réduite mais utilisables.
Cependant, dans ces sociétés l'adulte veille à tout
moment à réprimer toute conduite ludique lorsqu'elle s'écarte
des modèles traditionnels. Enfin, il n'entend pas laisser l'enfant
consacrer trop de temps à ces "futilités" qui risqueraient
de prolonger un âge d'où il faut sortir au plus tôt, car
le petit Africain, au nom des règles socio-éducatives non
écrites mais toujours présentes, devra au plus vite mûrir
pour occuper la place qui lui revient dans la famille et dans la
collectivité en tant que membre productif et à part entière.
Juliette Raabe Jeu et
société (Courrier de l'UNESCO, janvier 1980)
Ludique : relatif au jeu - Leurre
: moyen d'attirer et de tromper
VOULEZ-VOUS ÉCHANGER VOTRE POUPÉE
BARBIE ?
La poupée "Barbie", adolescente en plastique d'une
trentaine de centimètres de haut, est la plus connue et la plus vendue
de l'histoire. (...)
Récemment, Mattel a annoncé la sortie d'un nouveau
modèle de Barbie, plus perfectionné, avec une silhouette plus
mince, des cils "véritables" et une taille articulée qui rendent
la poupée plus humanoïde que jamais. En outre, la société
Mattel a fait savoir que, pour la première fois, toute jeune fille
désirant acheter une nouvelle Barbie bénéficierait de
la reprise de l'ancienne.
Ce que Mattel ne disait pas, c'est qu'en échangeant
sa vieille poupée pour une version améliorée sur le
plan technologique, la petite fille d'aujourd'hui, citoyenne du monde
super-industriel de demain, découvrirait le trait fondamental de la
nouvelle société, le caractère de plus en plus provisoire
des rapports entre l'homme et les choses. La marée d'objets
manufacturés qui nous entoure n'est qu'une faible partie d'un océan
encore plus vaste d'objets naturels. Pourtant, ce qui compte de plus en plus
dans la vie de l'individu, c'est l'environnement que lui forge la technologie.
Le grain du plastique ou du béton, l'éclat miroitant d'une
voiture sous un réverbère, l'image saisissante d'un paysage
urbain à travers le hublot d'un "jet", telles sont les données
familières de son existence. Les objets faits par l'homme
pénètrent sa conscience et la gauchissent. Leur nombre se multiplie
à une allure explosive, tant dans l'absolu que par rapport au cadre
naturel. (...)
Bien que les antimatérialistes aient tendance à
mépriser les "choses", celles-ci n'en sont pas moins de la plus haute
importance à cause non seulement de leur utilité fonctionnelle,
mais aussi de leurs conséquences psychologiques. Nous entretenons
des rapports avec les objets : ils influent sur notre sentiment de la
continuité ou de la discontinuité, jouent un rôle dans
la structure des situations et, quand nos liens avec eux sont plus brefs,
la cadence de la vie s'en trouve accélérée. En outre,
notre attitude envers les choses est le reflet d'un système de valeurs.
Il ne pourrait y avoir de différence plus radicale que celle opposant
la nouvelle génération de petites filles qui échangent
d'un cur léger leur Barbie contre un modèle
amélioré, à celles qui, à l'instar de leurs
mères et de leurs grand-mères, se cramponnent avec amour à
la même poupée jusqu'à ce qu'elle tombe en morceaux sous
le poids des ans. C'est dans cette différence que réside le
contraste entre le passé et le futur, entre les sociétés
fondées sur la permanence et celle qui se développe à
nos yeux et qui est fondée sur l'éphémère.
Alvin TOFFLERS, Des objets et des hommes, le Choc
du futur
SUR LES SOCIÉTÉS QUI LES PRATIQUENT ?
Dans ces cinq textes dannales du
baccalauréat,
- Mettez en gras et en rouge les idées ou
les exemples qui concernent la question posée.
- Supprimez ensuite tout ce que vous navez pas mis en gras
- Dans les notes qui vous resteront, différenciez
les exemples en les mettant en bleu.
CAILLOIS Roger : Les jeux, reflets
dune civilisation
CONTRUCCI Jean : Il serait temps de démobiliser
le père Noël
RAABE Joëlle : Pour les jouets
traditionnels
TOFFLERS Alvin : Voulez-vous échanger votre poupée
Barbie ?
Raymond ARON. Les désillusions du progrès, 1967.
Juin 1988, séries générales
Baccalauréat - Juin 77 - Séries technologiques
Baccalauréat - Juin 1994 Séries technologiques
Baccalauréat Juin 80 Séries
technologiques