Mise
en forme des caractères
-
Suppression automatique du texte non mis en forme -
Tri
des idées
LA JEUNESSE VUE PAR LES ADULTES :
PRENDRE DES NOTES EN FONCTION D'UN SUJET À
TRAITER
Alfred Biedermann Le Romantisme européen
1972
LE ROMANTISME DE LA JEUNESSE
Naguère, on affublait ironiquement de l'étiquette
" romantique " toute attitude contraire au souci primordial de
réalisme et de souci pratique. Aujourd'hui, la jeunesse se réclame
volontiers d'une sorte de néo-romantisme. La critique incisive du
progrès technique, de ses objectifs strictement utilitaires et de
la peur de se trouver asservi à une civilisation industrielle mondiale,
avec ses rechutes dans la barbarie et son insouciance du bonheur et de la
vie de l'âme, tout cela a ramené l'attention vers les aspirations
de l'âge romantique. Non pas, certes, pour les restaurer dans leurs
formes historiques ; rien n'est plus périmé aujourd'hui
que les mièvreries sentimentales de 1830 ; mais certaines attitudes
d'esprit typiques du romantisme resurgissent actuellement chez nos
contemporains.
Il y a d'abord ce refus de se laisser encadrer par les traditions
philosophiques et sociales d'hier. L'adolescent d'aujourd'hui, c'est d'abord
quelqu'un qui dit " non ", j'entends qui se refuse à ouvrir
aux institutions et aux murs en cours ce crédit de confiance,
jusqu'à preuve de leur légitimité, que ses aînés
consentaient plus libéralement : "non" un peu fou, un peu trop
romantique peut-être, qui fait hocher la tête aux gens raisonnables,
mais mise en question salutaire susceptible de débloquer bien des
structures fossilisées.
Autre résurgence romantique : le retour à
la nature. Jamais, sans doute, les jeunes qui pensent n'ont été
plus sensibles aux menaces d'une rupture du contact entre l'homme et la nature.
L'humanité moderne, ils le voient de plus en plus clairement, " se
développe dans la nature comme une sorte d'artifice universel "
L'homme, pris dans l'univers technique, se coupe de son milieu naturel, que,
d'ailleurs, il ravale au rang de matériau. Nos contemporains, par
réaction, éprouvent le besoin de rester liés, dans leur
travail et leurs loisirs, avec la verdure et la lumière, la montagne
et la mer, dussent-ils y perdre quelques raffinements ou commodités
de la société d'abondance. Tout donne à penser que ce
comportement, le proche avenir le développera.
Enfin, la référence délibérée
au " moi " comme principe de valeur revient au premier plan. Elle
entraîne le refus croissant des critères d'efficacité
pratique, de réussite sociale, de rendement financier. Un certain
affairisme à l'américaine périclite sous nos yeux. Les
jeunes s'inquiètent du bénéfice moral, des satisfactions
de l'esprit et du cur que leur vaudront leur travail et leur effort.
C'est dire que la considération de l'homme intérieur se trouve
revalorisée et que l'esprit, qui tendait à n'être plus
que l'instrument d'une exploitation technique du monde, redevient
intéressant par lui-même, comme le vrai problème à
résoudre, le vrai mystère à scruter. C'est là
un autre symptôme de cette remontée des priorités romantiques
en ce dernier tiers du XXe siècle.
Alfred Biedermann Le Romantisme européen 1972
(1) Artifice universel : citation extraite par l'auteur
d'un article de Paul Ricur
SONDAGES
Faut-il désespérer de la jeunesse ou doit-on
hisser le grand pavois ? Tant pis ou tant mieux ? Les jeunes
Français de 1977 plusieurs sondages récents l'attestent
ne sont pas des idéalistes, ils sont peu politisés,
ils veulent fonder un foyer, gagner de l'argent, habiter une petite ville
sans pollution, ils aiment bien leurs parents et leurs maîtres, ils
lisent peu, prient rarement et ne militent pas.
Devrons-nous alors remiser au magasin des antiquités
la jeunesse turbulente, inquiète, révoltée, que 1968
avait révélée aux adultes effarés ?
[...]
Quelle que soit l'irritation qu'on peut ressentir devant la
prolifération des sondages, on ne peut les balayer d'un revers de
la main quand, sur un même sujet, ils concordent massivement. Ils sont
alors un aliment pour la réflexion. Que la conclusion en soit amère
ou joyeuse.
Quelques tendances parmi d'autres. Selon une enquête
de l'hebdomadaire La Vie, les trois quarts des jeunes Français
placent au premier rang de leur préoccupation les études, le
travail et le logement. Viennent ensuite, pour 16 %, l'indépendance,
la famille et les enfants et, loin derrière, les problèmes
liés à la pollution. Est-ce la fin de l'idéalisme ?
Pour 6 %, les jeunes veulent changer la société et 1,4 % ont
décidé que le sens de leur vie découlait de
l'Évangile.
L'enquête réalisée par le Guide de
l'étudiant va dans le même sens : les trois quarts
des jeunes estiment qu'aucune organisation politique ou autre n'exprime leurs
analyses et leurs espoirs. Plus d'un sur deux se déclare opposé
à toute idée de vie en communauté. Sécurité
d'abord : 45 % des jeunes interrogés souhaitent entrer dans
l'enseignement, la fonction publique ou dans un grand service public.
L'entreprise privée qui vient en tête du palmarès de
celles où ils aimeraient entrer est I.B.M. Les aventuriers ne sont
pas légions. Seule marque de non-conformisme mais en est-ce
vraiment une aujourd'hui ? 56 % des étudiants se
déclarent "sympathisants des mouvements écologistes".
L'incontestable repli sur soi que traduisent toutes ces
enquêtes peut être une nouveauté ou, à l'inverse,
une constante. Ou bien les adultes s'étaient illusionnés
jusque-là sur les aspirations de la jeunesse, ou bien les jeunes ont
changé.
Aucune des deux hypothèses n'est réjouissante :
s'il faut attendre des sondages pour connaître et comprendre les jeunes,
c'est que nous ne leur portons pas assez d'intérêt ou d'attention.
Si l'on admet que les jeunes sont devenus depuis peu, dans des proportions
importantes, des individualistes étriqués aux ambitions
matérialistes, c'est qu'il s'est passé quelque chose, dans
notre société, de l'ordre de la rupture. La fin des idéaux
de la jeunesse serait l'un des signes inquiétants d'une crise
d'identité de la société, d'un affaissement des valeurs.
Les jeunes jusqu'alors étaient censés nous pousser en avant,
annoncer les remises en cause, exprimer les aspirations altruistes que les
adultes empêtrés dans leurs habitudes et leurs obligations
ne pouvaient plus raisonnablement prôner. Si cette fonction
d'aiguillon, de stimulant, devait disparaître chez les jeunes, qui
l'assumerait ?
Bruno Frappat, Le Monde, 13 octobre 1977.
VOUS RECONNAISSEZ-VOUS DANS CES
PORTRAITS ?
Bruno Frappat, Sondages, Le Monde, 13 octobre 1977.
Épreuve anticipée, séries
générales, juin 1992
Polynésie française - Juin 1982 - Séries
technologiques