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LA JEUNESSE VUE PAR LES ADULTES :
VOUS RECONNAISSEZ-VOUS DANS CES PORTRAITS ?

 

PRENDRE DES NOTES EN FONCTION D'UN SUJET À TRAITER

 
  • Mettez en gras et en rouge les passages où l’auteur donne les caractéristiques de la jeunesse.
  • Supprimez ensuite tout ce que vous n’avez pas mis en gras
  • Dans les notes qui vous resteront, marquez en bleu les idées avec lesquelles vous n'êtes pas d'accord
  • Triez

 

 

Alfred Biedermann Le Romantisme européen 1972
Bruno Frappat, Sondages, Le Monde, 13 octobre 1977.

 

LE ROMANTISME DE LA JEUNESSE

Naguère, on affublait ironiquement de l'étiquette " romantique " toute attitude contraire au souci primordial de réalisme et de souci pratique. Aujourd'hui, la jeunesse se réclame volontiers d'une sorte de néo-romantisme. La critique incisive du progrès technique, de ses objectifs strictement utilitaires et de la peur de se trouver asservi à une civilisation industrielle mondiale, avec ses rechutes dans la barbarie et son insouciance du bonheur et de la vie de l'âme, tout cela a ramené l'attention vers les aspirations de l'âge romantique. Non pas, certes, pour les restaurer dans leurs formes historiques ; rien n'est plus périmé aujourd'hui que les mièvreries sentimentales de 1830 ; mais certaines attitudes d'esprit typiques du romantisme resurgissent actuellement chez nos contemporains.

Il y a d'abord ce refus de se laisser encadrer par les traditions philosophiques et sociales d'hier. L'adolescent d'aujourd'hui, c'est d'abord quelqu'un qui dit " non ", j'entends qui se refuse à ouvrir aux institutions et aux mœurs en cours ce crédit de confiance, jusqu'à preuve de leur légitimité, que ses aînés consentaient plus libéralement : "non" un peu fou, un peu trop romantique peut-être, qui fait hocher la tête aux gens raisonnables, mais mise en question salutaire susceptible de débloquer bien des structures fossilisées.

Autre résurgence romantique : le retour à la nature. Jamais, sans doute, les jeunes qui pensent n'ont été plus sensibles aux menaces d'une rupture du contact entre l'homme et la nature. L'humanité moderne, ils le voient de plus en plus clairement, " se développe dans la nature comme une sorte d'artifice universel " L'homme, pris dans l'univers technique, se coupe de son milieu naturel, que, d'ailleurs, il ravale au rang de matériau. Nos contemporains, par réaction, éprouvent le besoin de rester liés, dans leur travail et leurs loisirs, avec la verdure et la lumière, la montagne et la mer, dussent-ils y perdre quelques raffinements ou commodités de la société d'abondance. Tout donne à penser que ce comportement, le proche avenir le développera.

Enfin, la référence délibérée au " moi " comme principe de valeur revient au premier plan. Elle entraîne le refus croissant des critères d'efficacité pratique, de réussite sociale, de rendement financier. Un certain affairisme à l'américaine périclite sous nos yeux. Les jeunes s'inquiètent du bénéfice moral, des satisfactions de l'esprit et du cœur que leur vaudront leur travail et leur effort. C'est dire que la considération de l'homme intérieur se trouve revalorisée et que l'esprit, qui tendait à n'être plus que l'instrument d'une exploitation technique du monde, redevient intéressant par lui-même, comme le vrai problème à résoudre, le vrai mystère à scruter. C'est là un autre symptôme de cette remontée des priorités romantiques en ce dernier tiers du XXe siècle.

Alfred Biedermann Le Romantisme européen 1972
Épreuve anticipée, séries générales, juin 1992

(1) Artifice universel : citation extraite par l'auteur d'un article de Paul Ricœur


 

SONDAGES…

Faut-il désespérer de la jeunesse ou doit-on hisser le grand pavois ? Tant pis ou tant mieux ? Les jeunes Français de 1977 – plusieurs sondages récents l'attestent – ne sont pas des idéalistes, ils sont peu politisés, ils veulent fonder un foyer, gagner de l'argent, habiter une petite ville sans pollution, ils aiment bien leurs parents et leurs maîtres, ils lisent peu, prient rarement et ne militent pas.

Devrons-nous alors remiser au magasin des antiquités la jeunesse turbulente, inquiète, révoltée, que 1968 avait révélée aux adultes effarés ? [...]

Quelle que soit l'irritation qu'on peut ressentir devant la prolifération des sondages, on ne peut les balayer d'un revers de la main quand, sur un même sujet, ils concordent massivement. Ils sont alors un aliment pour la réflexion. Que la conclusion en soit amère ou joyeuse.

Quelques tendances parmi d'autres. Selon une enquête de l'hebdomadaire La Vie, les trois quarts des jeunes Français placent au premier rang de leur préoccupation les études, le travail et le logement. Viennent ensuite, pour 16 %, l'indépendance, la famille et les enfants et, loin derrière, les problèmes liés à la pollution. Est-ce la fin de l'idéalisme ? Pour 6 %, les jeunes veulent changer la société et 1,4 % ont décidé que le sens de leur vie découlait de l'Évangile.

L'enquête réalisée par le Guide de l'étudiant va dans le même sens : les trois quarts des jeunes estiment qu'aucune organisation politique ou autre n'exprime leurs analyses et leurs espoirs. Plus d'un sur deux se déclare opposé à toute idée de vie en communauté. Sécurité d'abord : 45 % des jeunes interrogés souhaitent entrer dans l'enseignement, la fonction publique ou dans un grand service public. L'entreprise privée qui vient en tête du palmarès de celles où ils aimeraient entrer est I.B.M. Les aventuriers ne sont pas légions. Seule marque de non-conformisme – mais en est-ce vraiment une aujourd'hui ? – 56 % des étudiants se déclarent "sympathisants des mouvements écologistes".

L'incontestable repli sur soi que traduisent toutes ces enquêtes peut être une nouveauté ou, à l'inverse, une constante. Ou bien les adultes s'étaient illusionnés jusque-là sur les aspirations de la jeunesse, ou bien les jeunes ont changé.

Aucune des deux hypothèses n'est réjouissante : s'il faut attendre des sondages pour connaître et comprendre les jeunes, c'est que nous ne leur portons pas assez d'intérêt ou d'attention. Si l'on admet que les jeunes sont devenus depuis peu, dans des proportions importantes, des individualistes étriqués aux ambitions matérialistes, c'est qu'il s'est passé quelque chose, dans notre société, de l'ordre de la rupture. La fin des idéaux de la jeunesse serait l'un des signes inquiétants d'une crise d'identité de la société, d'un affaissement des valeurs. Les jeunes jusqu'alors étaient censés nous pousser en avant, annoncer les remises en cause, exprimer les aspirations altruistes que les adultes – empêtrés dans leurs habitudes et leurs obligations – ne pouvaient plus raisonnablement prôner. Si cette fonction d'aiguillon, de stimulant, devait disparaître chez les jeunes, qui l'assumerait ?

Bruno Frappat, Le Monde, 13 octobre 1977.
Polynésie française - Juin 1982 - Séries technologiques