Mise en forme des caractères

   

VICTOR HUGO – RUY BLAS – LA MISE EN PLACE DE L'INTRIGUE
  

PRÉPARER UN TEXTE EN VUE D’UNE LECTURE ORIENTÉE

   

Voici l'acte premier de Ruy Blas de Victor Hugo. Certains passages ont été mis en caractères rouges :

- ceux qui contiennent des éléments essentiels, sans lesquels l'intrigue ne peut pas fonctionner,
- ceux qui sont des amorces, c'est à dire des
éléments qui auront leur développement dans la suite de l'action.

En faisant défiler l'écran à l'aide des flèches verticales barrées, assurez-vous que vous pouvez mettre en relation chacun de ces passages avec ses échos dans la suite de la pièce.

 

ACTE PREMIER : Don SALLUSTE

Le salon de Danaé dans le palais du roi, à Madrid. Ameublement magnifique dans le goût demi-flamand du temps de Philippe IV. À gauche, une grande fenêtre à châssis dorés et à petits carreaux. Des deux côtés, sur un pan coupé, une porte basse donnant dans quelque appartement intérieur. Au fond, une grande cloison vitrée à châssis dorés s'ouvrant par une large porte également vitrée sur une longue galerie. Cette galerie, qui traverse tout le théâtre, est masquée par d'immenses rideaux qui tombent du haut en bas de la cloison vitrée. Une table, un fauteuil, et ce qu'il faut pour écrire.

Don Salluste entre par la petite porte de gauche, suivi de Ruy Blas et de Gudiel, qui porte une cassette et divers paquets qu'on dirait disposés pour un voyage. Don Salluste est vêtu de velours noir, costume de cour du temps de Charles II. La toison d'or au cou. Par-dessus l'habillement noir, un riche manteau de velours vert clair, brodé d'or et doublé de satin noir. Épée à grande coquille. Chapeau à plumes blanches. Gudiel est en noir, épée au côté. Ruy Blas est en livrée. Haut-de-chausses et justaucorps bruns. Surtout galonné, rouge et or. Tête nue. Sans épée.


Scène première – Don Salluste De Bazan, Gudiel ; par instants Ruy Blas.

DON SALLUSTE.

Ruy Blas, fermez la porte, – ouvrez cette fenêtre.

Ruy Blas obéit, puis, sur un signe de don Salluste, il sort par la porte du fond. Don Salluste va à la fenêtre.

Ils dorment encor tous ici, – le jour va naître.

Il se tourne brusquement vers Gudiel.

Ah ! C'est un coup de foudre ! ... – oui, mon règne est passé,
Gudiel ! – renvoyé, disgracié, chassé !
– Ah ! Tout perdre en un jour ! – l'aventure est secrète
Encor, n'en parle pas. – oui, pour une amourette,
– Chose, à mon âge, sotte et folle, j'en convien ! –
Avec une suivante, une fille de rien !
Séduite, beau malheur ! Parce que la donzelle
Est à la reine, et vient de Neubourg avec elle,
Que cette créature a pleuré contre moi,
Et traîné son enfant dans les chambres du roi ;
Ordre de l'épouser. Je refuse. On m'exile.
On m'exile ! Et vingt ans d'un labeur difficile,
Vingt ans d'ambition, de travaux nuit et jour ;
Le président haï des alcades de cour,
Dont nul ne prononçait le nom sans épouvante ;
Le chef de la maison de Bazan, qui s'en vante ;
Mon crédit, mon pouvoir ; tout ce que je rêvais,
Tout ce que je faisais et tout ce que j'avais,
Charge, emplois, honneurs, tout en un instant s'écroule
Au milieu des éclats de rire de la foule !

Gudiel.

Nul ne le sait encor, monseigneur.

Don Salluste.

Mais demain !
Demain, on le saura ! – nous serons en chemin.
Je ne veux pas tomber, non, je veux disparaître !

Il déboutonne violemment son pourpoint.

– Tu m'agrafes toujours comme on agrafe un prêtre,
Tu serres mon pourpoint, et j'étouffe, mon cher ! –

Il s'assied.

Oh ! Mais je vais construire, et sans en avoir l'air,
Une sape profonde, obscure et souterraine !
– Chassé ! –

Il se lève.

Gudiel.

D'où vient le coup, monseigneur ?

Don Salluste.

De la reine.
Oh ! Je me vengerai, Gudiel ! Tu m'entends.

Toi dont je suis l'élève, et qui depuis vingt ans
M'as aidé, m'as servi dans les choses passées,
Tu sais bien jusqu'où vont dans l'ombre mes pensées,
Comme un bon architecte, au coup d'oeil exercé,
Connaît la profondeur du puits qu'il a creusé.
Je pars. Je vais aller à Finlas, en Castille,
Dans mes états, – et là, songer ! – pour une fille !
– Toi, règle le départ, car nous sommes pressés.

Moi, je vais dire un mot au drôle que tu sais.
À tout hasard. Peut-il me servir ? Je l'ignore.
Ici jusqu'à ce soir je suis le maître encore.
Je me vengerai, va ! Comment ? Je ne sais pas ;
Mais je veux que ce soit effrayant ! – de ce pas
Va faire nos apprêts, et hâte-toi. – silence !
Tu pars avec moi. Va.

Gudiel salue et sort. – don Salluste appelant.

– Ruy Blas !

Ruy Blas, se présentant à la porte du fond.

Votre excellence ?

Don Salluste.

Comme je ne dois plus coucher dans le palais,
Il faut laisser les clefs et clore les volets.

Ruy Blas, s'inclinant.

Monseigneur, il suffit.

Don Salluste.

Écoutez, je vous prie.
La reine va passer, là, dans la galerie,
En allant de la messe à sa chambre d'honneur,
Dans deux heures. Ruy Blas, soyez là.

Ruy Blas.

Monseigneur,
J'y serai.

(La suite de l'acte I se trouve en version Word)