DISCOURS AUX MINEURS
GRÈVISTES
LES PAROLES RAPPORTÉES
Quelle observation faites-vous sur leur répartition dans le
texte ?
Le discours dÉtienne aux mineurs
grèvistes
Il leva
un bras dans un geste lent, il commença ; mais sa voix ne grondait
plus, il avait pris le ton froid d'un simple mandataire du peuple qui rend
ses comptes. Enfin, il plaçait le discours que le commissaire de police
lui avait coupé au Bon-Joyeux ; et il débutait par un
historique rapide de la grève, en affectant l'éloquence
scientifique : des faits, rien que des faits. D'abord, il dit sa
répugnance contre la grève : les mineurs ne l'avaient
pas voulue, c'était la Direction qui les avait provoqués, avec
son nouveau tarif de boisage. Puis, il rappela la première démarche
des délégués chez le directeur, la mauvaise foi de la
Régie, et plus tard, lors de la seconde démarche, sa concession
tardive, les dix centimes quelle rendait, après avoir tâché
de les voler. Maintenant, on en était là, il établissait
par des chiffres le vide de la caisse de prévoyance, indiquait l'emploi
des secours envoyés, excusait en quelques phrases l'Internationale,
Pluchart et les autres, de ne pouvoir faire davantage pour eux, au milieu
des soucis de leur conquête du monde. Donc, la situation s'aggravait
de jour en jour, la Compagnie renvoyait les livrets et menaçait
d'embaucher des ouvriers en Belgique ; en outre, elle intimidait les
faibles, elle avait décidé un certain nombre de mineurs à
redescendre. Il gardait sa voix monotone comme pour insister sur ces mauvaises
nouvelles, il disait la faim victorieuse, l'espoir mort, la lutte arrivée
aux fièvres dernières du courage. Et, brusquement, il conclut,
sans hausser le ton.
C'est
dans ces circonstances, camarades, que vous devez prendre une décision
ce soir. Voulez-vous la continuation de la grève ? et, en ce
cas, que comptez-vous faire pour triompher de la Compagnie ?
Justice ! ... Il est temps, justice !
Peu à peu, Étienne s'échauffait.
Il n'avait pas l'abondance facile et coulante de Rasseneur. Les mots lui
manquaient souvent, il devait torturer sa phrase, il en sortait par un effort
qu'il appuyait d'un coup d'épaule. Seulement, à ces heurts
continuels, il rencontrait des images d'une énergie familière,
qui empoignaient son auditoire ; tandis que ses gestes d'ouvrier au
chantier, ses coudes rentrés, puis détendus et lançant
les poings en avant, sa mâchoire brusquement avancée, comme
pour mordre, avaient eux aussi une action extraordinaire sur les camarades.
Tous le disaient, il n'était pas grand, mais il se faisait écouter.
Le salariat est une forme nouvelle de l'esclavage,
reprit-il d'une voix plus vibrante. La mine doit être au mineur, comme
la mer est au pêcheur, comme la terre est au paysan...
Entendez-vous ! la mine vous appartient, à vous tous qui, depuis
un siècle, l'avez payée de tant de sang et de misère !
Zola, Germinal, 1885
Quel est leffet produit par le passage dun style à
lautre ?
Un silence profond tomba du ciel
étoilé. La foule, qu'on ne voyait pas, se taisait dans la nuit,
sous cette parole qui lui étouffait le cur ; et l'on
n'entendait que son souffle désespéré, au travers des
arbres.
Mais Étienne, déjà,
continuait d'une voix changée. Ce n'était plus le secrétaire
de l'association qui parlait, c'était le chef de bande, l'apôtre
apportant la vérité. Est-ce qu'il se trouvait des lâches
pour manquer à leur parole ? Quoi ! depuis un mois, on aurait
souffert inutilement, on retournerait aux fosses, la tête basse, et
l'éternelle misère recommencerait ! Ne valait-il pas mieux
mourir tout de suite, en essayant de détruire cette tyrannie du capital
qui affamait le travailleur ? Toujours se soumettre devant la faim,
jusqu'au moment où la faim, de nouveau, jetait les plus calmes à
la révolte, n'était-ce pas un jeu stupide qui ne pouvait durer
davantage ? Et il montrait les mineurs exploités, supportant
à eux seuls les désastres des crises, réduits à
ne plus manger, dès que les nécessités de la concurrence
abaissaient le prix de revient. Non ! le tarif de boisage n'était
pas acceptable, il n'y avait là qu'une économie
déguisée, on voulait voler à chaque homme une heure
de son travail par jour. C'était trop cette fois, le temps venait
où les misérables, poussés à bout, feraient justice.
Il resta les bras en l'air. La
foule, à ce mot de justice, secouée d'un long frisson, éclata
en applaudissements, qui roulaient avec un bruit de feuilles sèches.
Des voix criaient :
Pondichéry - Séries générales - juin 1997