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les notes
IL ÉTAIT
NUIT...
METTRE EN LUMIÈRE LA STRUCTURE DU
TEXTE
Il était nuit
Il était nuit. Ce furent d'abord, ainsi j'ai vu,
ainsi je raconte, une abbaye aux murailles
lézardées par la lune, une
forêt percée de sentiers tortueux,
et le Morimont grouillant de capes et de chapeaux.
Ce furent ensuite, ainsi j'ai entendu, ainsi je raconte, le
glas funèbre d'une cloche auquel répondaient les sanglots
funèbres d'une cellule, des cris plaintifs et des rires
féroces dont frissonnait chaque feuille le long d'une ramée,
et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnaient
un criminel au supplice.
Ce furent enfin, ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte,
un moine qui expirait, couché dans la cendre des agonisants,
une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d'un chêne,
et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons
de la roue.
Dom Augustin, le prieur défunt, aura, en habit de cordelier , les
honneurs de la chapelle ardente ; et Marguerite, que son amant a tuée,
sera ensevelie dans sa blanche robe d'innocence, entre quatre cierges de
cire.
Mais moi, la barre du bourreau s'était, au premier coup, brisée
comme un verre, les torches des pénitents noirs s'étaient
éteintes sous les torrents de pluie, la foule s'était
écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides,
et je poursuivais d'autres songes vers le réveil.
Aloysius BERTRAND (1807 - 1841)
Gaspard de la nuit (1842)