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LA MANCHETTE DE DENTELLE ENSANGLANTÉE
 

L’ALEXANDRIN ROMANTIQUE – LES CONVENTIONS THÉÂTRALES

 

" J'ai disloqué ce grand niais d'alexandrin "
(Victor Hugo, Les Contemplations)


1) Le démantèlement de l'alexandrin : à l'aide de la touche de retour à la ligne et de la touche de tabulation, rétablissez le texte en alexandrins.
2) Les conventions théâtrales : Mettez en rouge les phrases en aparté que les autres personnages ne sont pas censés entendre.
3) Les didascalies
: Introduisez, en italiques, les indications qui vous sembleraient nécessaires pour guider le jeu des acteurs, ou pour aider à la compréhension des lecteurs.
Comparez-les avec celles qu’a écrites Hugo, en affichant le texte caché (Version Word)

 

RUY BLAS (1838) - Extrait de l'Acte II, scène III - vers 826 à 865.
Ruy Blas a été introduit à la cour sous le nom de César de Bazan. Il est en secret amoureux de la reine.
Pour la première fois, ils sont en présence l’un de l’autre. Grâce à un message qu’on lui a remis, la reine reconnaît l’écriture du jeune homme qui lui adresse des lettres d’amour. Grâce au morceau de dentelle ensanglanté qu’elle porte sur son cœur et qui tombe, Ruy Blas comprend que son amour est bien reçu.
Les deux personnages sont au comble de l’émotion…

_____________


La Reine, lui arrachant la lettre et l'examinant à son tour
Est-ce une illusion ? c'est la même écriture
que celle de la lettre ! Oh ! qu'est-ce que cela ?
Où donc est le porteur du message ?


La Duchesse
Il est là.

La Reine
Ce jeune homme ?

La Duchesse.
C'est lui qui l'apporte en personne. – Un nouvel écuyer que sa majesté donne à la reine. Un seigneur que, de la part du roi, monsieur de Santa-Cruz me recommande, à moi.

La Reine.
Son nom ?

La Duchesse.
C'est le seigneur César de Bazan, comte de Garofa. S'il faut croire ce qu'on raconte, c'est le plus accompli gentilhomme qui soit.

La Reine.
Bien. Je veux lui parler. Monsieur...

Ruy Blas, .
Elle me voit ! Elle me parle ! Dieu ! Je tremble.

La Duchesse
Approchez, comte.

Don Guritan
Ce jeune homme ! Écuyer ! Ce n'est pas là mon compte.

La Reine.
Vous venez d'Aranjuez ?

Ruy Blas
Oui, madame.

La Reine.
Le roi se porte bien ? Il a dicté ceci pour moi ?

Ruy Blas.
Il était à cheval, il a dicté la lettre... à l'un des assistants.

La Reine
Son regard me pénètre. Je n'ose demander à qui. C'est bien, allez. – Ah ! – Beaucoup de seigneurs étaient là rassemblés? Pourquoi donc suis-je émue en voyant ce jeune homme ? Lesquels ?

Ruy Blas
Je ne sais point les noms dont on les nomme. Je n'ai passé là-bas que des instants fort courts. Voilà trois jours que j'ai quitté Madrid.

La Reine
Trois jours !

Ruy Blas
C'est la femme d'un autre ! Ô jalousie affreuse ! – Et de qui ! – Dans mon coeur un abîme se creuse.

Don Guritan
Vous êtes écuyer de la reine ? Un seul mot. Vous connaissez quel est votre service ? Il faut vous tenir cette nuit dans la chambre prochaine, afin d'ouvrir au roi, s'il venait chez la reine.

Ruy Blas
Ouvrir au roi ! Moi ! Mais... il est absent.

Don Guritan
Le roi peut-il pas arriver à l'improviste ?

Ruy Blas
Quoi !

Don Guritan
Qu'a-t-il ?

La Reine, .
Comme il pâlit !

Casilda, .
Madame, ce jeune homme se trouve mal !

Ruy Blas
Moi, non ! Mais c'est singulier comme le grand air... le soleil... la longueur du chemin... – Ouvrir au roi !

Casilda.
Grand Dieu, madame ! À cette main il est blessé !

La Reine.
Blessé !

Casilda.
Mais il perd connaissance ! Mais, vite, faisons-lui respirer quelque essence !

La Reine
Un flacon que j'ai là contient une liqueur... C'est la même dentelle !

Ruy Blas
Oh !

La Reine
C'est lui !

Ruy Blas
Sur son coeur !

La Reine
C'est lui !

Ruy Blas
Faites, mon Dieu, qu'en ce moment je meure !