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LES
TROIS COURAGES
HIÉRARCHISER LES IDÉES DUN
TEXTE
Il n'existe
pas qu'un seul courage, le fameux courage des braves ; mais il existe
des courages : le "courage de papier", celui dont parlait Mauriac, et
qui consiste à écrire, parce qu'on les croit vraies et utiles,
des choses qui peuvent vous valoir des ennuis ; puis le "courage de
feu", ce courage qui fait qu'on va au devant d'un risque de souffrance et
de mort ; enfin il en existe un troisième qui, à mes yeux,
est le courage des courages : je l'appelle le "courage de pierre", parce
qu'il conduit un personnage en prison pour ses convictions non violentes.
Mais surtout, il est acculé au mépris des autres - et c'est
pourquoi ce courage-là est beaucoup plus exigeant. La certitude
d'être incompris est finalement une épreuve plus grave que celle
d'être blessé.
Très
longtemps, on a confondu la non-violence avec le pacifisme bêlant,
et le pacifisme bêlant ou non avec la lâcheté.
La non-violence semblait le contraire même du courage, alors qu'elle
exige plus de courage que n'en requiert la violence. D'abord parce que nous
avons des tendances à l'agressivité et que la violence satisfait
en nous bien des désirs viscéraux. Ensuite parce que la violence
entraîne une pluie de médailles et l'estime de tous. La violence,
hélas, c'est très flatteur. Les héros des films de violence
plaisent au public et séduisent les femmes et les jeunes. Ce sont
des "héros" au sens propre du mot. Tandis que la non-violence
entraîne encore le mépris ; et aussi des risques plus grands
que la violence, puisqu'on est désarmé.
Gilbert Cesbron, De la non-violence
Séries technologiques - Juin 1982