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À LA
SANTÉ
RETROUVER LA VERSIFICATION DUN
POÈME
Apollinaire a supprimé toute ponctuation de sa poésie. Ces
poèmes sont en vers libres. Les retours à la ligne indiquent
le changement de strophe.
En vous laissant guider par les rimes, retrouvez la
forme primitive de ces six poèmes
ALCOOLS : À la
Santé
I
Avant d'entrer dans ma cellule il a fallu me mettre
nu et quelle voix sinistre ulule Guillaume qu'es tu devenu
II
Non je ne me sens plus là moi même Je
suis le quinze de la onzième
III
Dans une fosse comme un ours chaque matin je me
promène Tournons tournons tournons toujours Le ciel est bleu comme
une chaîne Dans une fosse comme un ours chaque matin je me
promène
IV
Que je m'ennuie entre ces murs tout nus et peints de
couleurs pâles Une mouche sur le papier à pas menus parcourt
mes lignes inégales
V
Que lentement passent les heures comme passe un
enterrement
VI
J'écoute les bruits de la ville et prisonnier
sans horizon je ne vois rien qu'un ciel hostile et les murs nus de ma
prison
Guillaume Apollinaire,
inculpé de recel dobjets volés est incarcéré
à la Santé. Il y aura non-lieu, mais ce séjour dune
semaine en prison le déprime fortement.
Le Lazare entrant dans la tombe au lieu d'en sortir comme il fit Adieu adieu
chantante ronde Ô mes années ô jeunes filles
Le soleil filtre à travers les vitres Ses rayons font sur mes vers
les pitres
Et dansent sur le papier J'écoute quelqu'un qui frappe du pied la
voûte
Dans la cellule d'à côté on y fait couler la fontaine
Avec les clefs qu'il fait tinter que le geôlier aille et revienne Dans
la cellule d'à côté on y fait couler la fontaine
Que deviendrai-je ô Dieu qui connais ma douleur Toi qui me l'as
donnée prends en pitié mes yeux sans larmes ma pâleur
le bruit de ma chaise enchaînée et tous ces pauvres curs
battant dans la prison l'Amour qui m'accompagne Prends en pitié surtout
ma débile raison et ce désespoir qui la gagne
Tu pleureras l'heure où tu pleures qui passera trop vitement comme
passent toutes les heures
Le jour s'en va voici que brûle une lampe dans la prison Nous sommes
seuls dans ma cellule belle clarté chère raison