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Appel aux hommes politiques (I) |
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Le
rôle des législateurs dans l'abolition : |
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*Nous ne demandons cependant pas pour le moment une brusque et complète abolition de la peine de mort, comme celle où s'était si étourdiment engagée la Chambre des députés. Nous désirons, au contraire, tous les essais, toutes les précautions, tous les tâtonnements de la prudence. D'ailleurs, nous ne voulons pas seulement l'abolition de la peine de mort, nous voulons un remaniement complet de la pénalité sous toutes ses formes, du haut en bas, depuis le verrou jusqu'au couperet, et le temps est un des ingrédients qui doivent entrer dans une pareille oeuvre pour qu'elle soit bien faite. Nous comptons développer ailleurs, sur cette matière, le système d'idées que nous croyons applicable. Mais, indépendamment des abolitions partielles pour le cas de fausse monnaie, d'incendie, de vols qualifiés, etc., nous demandons que dès à présent, dans toutes les affaires capitales, le président soit tenu de poser au jury cette question : L'accusé a-t-il agi par passion ou par intérêt ? et que, dans le cas où le jury répondrait : L'accusé a agi par passion, il n'y ait pas condamnation à mort. Ceci nous épargnerait du moins quelques exécutions révoltantes. Ulbach et Debacker seraient sauvés. On ne guillotinerait plus Othello. Le dernier jour d'un condamné- Préface 1832 *[Hugo
évoque un projet d'abolition mené hâtivement pour sauver quatre ministres] *Et
l'ordre ne disparaîtra pas avec le bourreau ; ne le croyez point. La voûte
de la société future ne croulera pas pour n'avoir point cette clef hideuse. La
civilisation n'est autre chose qu'une série de transformations successives. À
quoi donc allez-vous assister ? à la transformation de la pénalité. *La
question, la voici. La justice vient, il y a un an à peine, de déchiqueter un
homme à Pamiers avec un eustache ; à Dijon, elle vient d’arracher la
tête à une femme ; à Paris, elle fait, barrière Saint- Jacques, des
exécutions inédites. *Ah!
vous le voyez bien ! c’est la peine de mort ! la peine de mort
désespérée ! c’est quelque chose de pire que l’échafaud ! c’est
la peine de mort sans le dernier regard au ciel de la patrie ! (Bravos répétés à
gauche. ) *[Hugo
accepte de se soumettre aux lois en vigueur, mais réclame le droit de les
critiquer librement et de les réformer.] *Bah !
qu’importe ! Un homme pendu ; et puis après ? une ficelle que
nous allons rouler, une charpente que nous allons déclouer, un cadavre que nous
allons enterrer, voilà grand’chose. Nous tirerons le canon, un peu de fumée
en Orient, et tout sera dit. Guernesey, Tapner, il faut un microscope pour voir
cela. Messieurs, cette ficelle, cette poutre, ce cadavre, ce méchant gibet
imperceptible, cette misère, c’est l’immensité. C’est la question
sociale, plus haute que la question politique. *Que
tout le monde soit d’accord sur l’excellence de ces condamnations, peu
m’importe. Quand il s’agit de juger un ennemi, mettons-nous en garde contre
les consentements furieux de la foule et contre les acclamations de notre propre
parti ; examinons autour de nous l’état de rage, qui est un état de
folie ; ne nous laissons pas pousser même vers les sévérités que nous
souhaitons ; craignons la complaisance de la colère publique. Défions-nous
de certains mots, tels que délits ordinaires, crimes communs, mots
souples et faciles à ajuster à des sentences excessives ; ces mots-là
ont l’inconvénient d’être commodes ; en politique, ce qui est commode
est dangereux. *Messieurs,
ayez foi en vous-mêmes. L’intrépidité de la clémence est le plus beau
spectacle qu’on puisse donner aux hommes. Mais ici la clémence n’est pas l’imprudence,
la clémence est la sagesse ; la clémence est la fin des colères et des
haines ; la clémence est le désarmement de l’avenir. Messieurs, ce que
vous devez à la France, ce que la France attend de vous, c’est l’avenir
apaisé. *Si,
au contraire, vous acceptez la grande solution, la solution vraie, l’amnistie
totale, générale, sans réserve, sans condition, sans restriction, l’amnistie
pleine et entière, alors la paix naîtra, et vous n’entendrez plus rien que
le bruit immense et profond de la guerre civile qui se ferme. (Applaudissements.
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