Notre-Dame de Paris - 1831

 

        Textes

        Arguments

Fin de l'écu changé en feuille sèche  

[...] Un autre homme en robe noire se leva près de l'accusée. C'était son avocat. Les juges, à jeun, commencèrent à murmurer.
   – Avocat, soyez bref, dit le président.
   – Monsieur le président, répondit l'avocat, puisque la défenderesse a confessé le crime, je n'ai plus qu'un mot à dire à messieurs. Voici un texte de la loi salique : « Si une stryge a mangé un homme, et qu'elle en soit convaincue, elle paiera une amende de huit mille deniers, qui font deux cents sous d'or. » Plaise à la chambre condamner ma cliente à l'amende.
   – Texte abrogé, dit l'avocat du roi extraordinaire.
   – Nego, répliqua l'avocat.
   – Aux voix ! dit un conseiller ; le crime est patent, et il est tard.
   On alla aux voix sans quitter la salle. Les juges opinèrent du bonnet, ils étaient pressés. On voyait leurs têtes chaperonnées se découvrir l'une après l'autre dans l'ombre à la question lugubre que leur adressait tout bas le président. La pauvre accusée avait l'air de les regarder, mais son oeil trouble ne voyait plus. Puis le greffier se mit à écrire ; puis il passa au président un long parchemin. Alors la malheureuse entendit le peuple se remuer, les piques s'entre-choquer et une voix glaciale qui disait :
   – Fille bohème, le jour qu'il plaira au roi notre sire, à l'heure de midi, vous serez menée dans un tombereau, en chemise, pieds nus, la corde au cou, devant le grand portail de Notre-Dame, et y ferez amende honorable avec une torche de cire du poids de deux livres à la main, et de là serez menée en place de Grève, où vous serez pendue et étranglée au gibet de la ville, et cette votre chèvre pareillement ; et paierez à l'official trois lions d'or, en réparation des crimes, par vous commis et par vous confessés, de sorcellerie, de magie, de luxure et de meurtre sur la personne du sieur Phoebus de Châteaupers. Dieu ait votre âme !
   – Oh ! c'est un rêve ! murmura-t-elle, et elle sentit de rudes mains qui l'emportaient.

Livre huitième - III
Fin du chapitre